La Marée , livre ebook

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Christophe et Philippe, deux amis que la solitude a rapprochés, sont les bienheureux de ce « nouveau monde » annoncé par beaucoup et dénoncé par tant d’autres : innovation, « start-up nation », inclusion, transversalité, disruption douce et autres confiseries conceptuelles. Mais si le second, héritier de notre aristocratie moderne, s’y ennuie avec confort, le premier doit se résoudre à l’évidence : ni ses titres, ni ses qualités ne lui permettront de profiter bien longtemps de ce joli cocon. Alors, Christophe devra bouger, trouver autre chose et, finalement, changer de voie. Il reviendra alors au pied d’un ascenseur social qu’il avait fait semblant d’oublier : le voici donc à enseigner l’histoire, plutôt que le marketing, et à composer avec Paul, Djibril, Joséphine ou Omar plutôt qu’avec Martine, Monsieur Molleck ou Arnaud.



De ce voyage en terres méconnues, il va devoir se rendre à l’évidence qu’ici aussi, tout n’est qu’après tout un vaste rassemblement de solitudes. Que chacun doit faire avec un monde qui bouge lentement mais sûrement : le travail, la misère, l’amour, la violence, le sexe et même l’ennui.

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Date de parution

21 novembre 2018

Nombre de lectures

0

EAN13

9782414299942

Langue

Français

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-29995-9

© Edilivre, 2018
Exergue
 
« La marée, je l’ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne »
Léo Ferré, La Mémoire et la mer
Chapitre 1
C’était déjà il y a plusieurs années. Quelque part dans un arrondissement parisien à un chiffre. Une fête pour un anniversaire, un diplôme ou un début de vacances. De jeunes adultes, des camarades de classe, des amis d’enfance, des frères, des sœurs, des cousins, et quelques amants. Une faune animée par ceux que tout le monde connaissait, et qui connaissaient tout le monde. Colibris infatigables, ou « embrasse fleur » comme on dit sous les tropiques, dont on se demandait déjà s’ils ne faneraient pas plus vite que les fleurs dont ils pensaient avoir la charge.
A l’écart de la scène principale, deux mâles isolés se croisèrent. Pendant que l’un observait son monde en vidant un verre en plastique, l’autre prenait le chemin de la sortie.
– Où est-ce que tu vas comme ça ?
– J’essaye de me sortir de là.
– Reste un peu ici. Dehors tu vas attraper froid. Moi non plus je ne passe pas la soirée de ma vie. J’ai passé tout mon temps à siroter, l’air de rien, histoire qu’on me foute la paix. C’est l’ennui ici. Pas moyen de s’entendre discuter.
– Mais qu’est-ce que tu fais encore ici ?
– Lâcheté sociale. Je vais avoir l’air de quoi, demain, si on se rend compte que je suis venu, sans parler à personne, juste le temps de prendre un verre et que je suis parti sans dire au revoir ?
Je suis plus direct. Je ne me fatigue plus à venir pointer. Si tu veux, on peut faire la paire et faire une sortie groupée. Surtout garde l’air naturel, limite satisfait. Moi c’est Christophe, et toi ?
– Philippe. Je fais partie des plus anciens, mais je ne connais plus grand monde désormais.
Philippe, dès cet instant, avait donné à Christophe l’impression de venir d’un monde qui lui était lointain, sans être inaccessible.
S’il fallait en effet se convaincre de l’existence d’une noblesse d’esprit, après celles d’épée et de robe, on eut tôt fait de se pencher sur le cas de Philippe. Sa lignée n’avait pas oublié de s’instruire depuis deux siècles : ingénieur, médecin, banquier, écrivain, professeur et même juge. Il n’avait pas manqué de poursuivre l’élan, mais sans accélérer le mouvement : école de commerce de niveau international, polyglotte suffisant et mélomane distant. Son application à systématiquement finir placé, mais jamais premier, avait réussi à rassurer sa famille, sans excès d’admiration. Bien que prenant grand soin de masquer toute trace de ses efforts et de son travail, il n’en restait pas moins un solide paresseux. Sort partagé avec ces aristocrates honteux de s’avouer travailleur, ou pire, salarié.
Comme ses lointains ancêtres de classe, le capital et l’héritage de Christophe, eux aussi, s’usaient, se dépréciaient et risquaient la disparition faute d’entretien. Cela Philippe le savait, ou tout du moins le sentait. Il en tirait un détachement vis-à-vis de ses propres succès, scolaires comme professionnels. Au fond de lui, il se savait héritier, et donc menacé d’appauvrissement, pour ne pas dire illégitime.
Il faut tout de même saluer sa grandeur d’âme face à ce constat déshonorant. Pas d’amertume, ni même d’angoisse du déclin chez lui, mais plutôt une lucidité soulagée et gentiment moqueuse sur sa véritable valeur. Sa compagnie était donc bien agréable : toujours curieux des prouesses d’autrui, et capable d’afficher une modestie sincère quant aux siennes.
Car ses prouesses n’étaient pas rares : efficacité démontrée dans la séduction des femmes, réelle propension à convaincre à l’oral et volonté teigneuse de ne pas déplaire à sa hiérarchie. Cela faisait de lui un jeune homme somme toute performant dans ses sentiments et épanoui au travail.
Chapitre 2
Près de dix ans plus tard, les revoilà tous les deux autour d’un verre de bière et d’un café, toujours dans Paris. Philippe vient aux nouvelles de Christophe.
– Tu ne veux plus rester dans ton cabinet ?
– Les affaires ne vont pas très bien. Je suis coincé dans un poste de junior. Ils ne m’ont pas augmenté depuis mon arrivée, deux ans tout de même.
– Tu as des pistes de sortie ?
– D’autres cabinets, plus petits. Il y a aussi la banque publique d’investissement.
– N’y vas pas. C’est malheureux, mais tu n’as pas un diplôme assez prestigieux pour y faire une carrière sympa. Tu auras vite un chef plus jeune que toi qui sortira fraichement d’école.
– Mais c’est ce qui m’intéresse : suivre des start-up, l’innovation, financer des entrepreneurs.
– Je sais. Mais tu peux le faire dans le privé : des cabinets de conseils plus prestigieux, des grands groupes ou même des fonds d’investissement.
– Les fonds ça va être pareil : c’est du fonctionnariat déguisé. Ils ne prennent, eux aussi, que des grands diplômés. C’est une méritocratie qui s’arrête à nos vingt ans.
– Peut-être. Pour changer de sujet, tu viens à la soirée d’Abigaël ?
– Oui. C’est samedi soir ? Toi, tu viens ?
– Je ne sais pas. Si c’est pour l’entendre en faire des caisses sur périple en Asie centrale, non merci.
– J’ai vu ses photos de Samarkand, ça donnait envie.
– Même Marco Polo était moins imbu de lui-même. C’est la route de soi-même. Et puis elle m’énerve avec son nouveau mec. Il est insupportable de perfection. Le pire, c’est qu’il est sympa ce salopard. Et que j’ai une thèse en mathématiques appliquées, mais que j’ai fait un an d’humanitaire à nourrir le tiers monde à coup de riz sans gluten : quelle horreur.
– Moi je le trouve bien Khazri. Il est beau gosse d’ailleurs.
– Tu vois, tout le monde lui bouffe dans la main. Même toi tu t’y mets. Tu sais que la dernière fois, il se souvenait même que mon frère s’était pété la jambe un mois avant. Et bien ce con, il me demandait de ses nouvelles pour savoir s’il allait mieux. L’audace de l’empathie. Infecte.
– Attends, je vais t’enfoncer encore plus : tu as vu qu’il va s’engager en politique ? Et le pire, c’est que ce n’est même pas de sa propre volonté. Il a été appelé par le mouvement des jeunes pour Macron.
– L’angoisse. Si ça continue. Il va finir président cet enfoiré. J’aurais l’air de quoi moi ? Le gars est juste en train de faire sa vie avec mon l’amour de ma vie, fait une super carrière et va finir par devenir un héros national. Qu’est-ce qu’il me reste ? L’argent ?
– T’es con. Remarque, c’est vrai que dans ce domaine tu l’as bien allongé pour l’instant.
– Je m’en fiche de cela, mais c’est la seule chose qu’il me reste.
Chapitre 3
Christophe est de retour au travail. Il a passé le début de la matinée sur des tâches d’importance moyenne. Il n’a pas réussi à se concentrer sur ce qui comptait, mais il a une bonne excuse : entretien annuel à dix heures trente. C’est son premier depuis son arrivée dans le cabinet. Il ne se fait pas beaucoup d’inquiétude, mais tout de même. Vingt minutes avant l’échéance, il rejoint la machine à café. Il y rencontre Jacques, un senior qui a réussi à échapper au rôle de manager, il est de bon conseil.
– Alors Christophe, tu as passé un bon week-end ?
– Oui. J’ai visité un nouvel appartement. Un 30 mètre carré, à 15 minutes du métro et à 400 000. Je pense que je peux trouver mieux.
– A ta place, pas sûr que je chercherai à acheter. Quand je regarde en arrière, et que je fais les comptes, c’est quand même pesant d’être propriétaire. D’abord ça coute cher. Quand tu mets bout à bout le coût du bien, du crédit, des charges, des travaux et surtout de la fiscalité ; et bien ça fait réfléchir. Ensuite ça t’immobilise. Avec ma femme, on a passé notre carrière à chercher du boulot par rapport à notre logement.
– Mais les enfants doivent aussi beaucoup jouer aussi.
– C’est inévitable, ils te font rentrer dans une nouvelle vie. Tu évites de les faire changer d’école tout le temps, tu souhaites que l’école en question soit bonne et enfin tu t’obstines à les trimballer au parc ou en forêt. Mais pour en revenir à l’immobilier, il vaudrait mieux que tu places ton argent ailleurs. L’évolution de l’immobilier je ne la sens pas. Ce qui m’inquiète c’est les constructions à tout va. Je le sens gros comme une maison, sans mauvais jeu de mot, le scénario à l’espagnol où la demande solvable ne peut pas absorber l’offre.
– Ce n’est pas dans Paris qu’il va y avoir un excès d’offre tout de suite.
– En volume oui, mais à quel prix ? Parce que c’est fini l’époque où les salaires augmentaient vaille que vaille. Il faut faire la nuance entre le manque d’offre et le fait que personne n’ait les moyens de se payer des appartements neufs de dernière génération. Tu sais les salaires qui stagnent ce n’est pas moi c’est Gordon. L’autre argument c’est la fiscalité. Le propriétaire immobilier reste la vache à lait des gouvernements. D’ailleurs, l’autre jour, je suis tombé sur un graphique où tu comprends tout, regarde. En abscisse la valeur des patrimoines, et en ordonné le niveau de répartition selon que ce soit mis à la banque, dans l’immobilier ou en bourse. Regarde tu vois bien que pour les plus grands patrimoines, pas fous, ils mettent tout dans la bourse. Et tu as vu les dernières mesures du gouvernement ? Ils veulent favoriser les placements en bourse tout en gardant les impôts sur l’immobilier. C’est le sens de l’histoire. Il vaut mieux suivre.
– D’accord, mais la bourse, c’est risqué quand même.
– Vu de loin oui, c’est longtemps ce que j’ai cru. Mais les rendements moyens, dividendes inclus, c’est des taux bien supérieurs à l’immobilier ou à l’assurance vie. Si tu te fais bien conseiller tu peux avoir des taux de rendement à

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