La justicière , livre ebook

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2016

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Un vrai livre pour ado!
Puisqu’il n’y a pas de justice, Lili en fait son affaire !
À la fois drôle, tragique et émouvant.
Je m’appelle Lili. Si vous lisez les péripéties de ma vie de rebelle, vous vous direz sans doute que je suis méchante et vous aurez raison. Je suis très méchante avec les méchants parce que je ne crois pas à la loi des hommes. La justice, je m’en charge. Ça vous plaît? Alors, suivez-moi!
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Date de parution

24 août 2016

Nombre de lectures

11

EAN13

9782924594414

Langue

Français

Table des matières

Les chats bottés et le serpent à lunettes Québec 7
Le loup-garou de la pleine lune Sept-Îles 97
Les bonhommes sept heures à neuf heures Fort Chimo 133
Remerciements de l’auteure 156

La justicière

Louise Piller-Tahy
Conception graphique de la couverture: M.L. Lego et Jim Lego


© Louise Piller-Tahy, 2016

Dépôt légal – 2016
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada

ISBN:978-2-924594-41-4

Aussi disponible au format papier

Les Éditions La Plume D’or reçoivent l’appui du gouvernement du Québec par l’intermédiaire de la SODEC
À mes bien-aimés
Simon, Lydia, Justine et Merrick.
Les chats bottés et le serpent à lunettes
Québec
I
Je suis morte au large des côtes de l’Écosse. Entre deux eaux je flotte, dévêtue par le choc de l’impact, entortillée dans un foulard de soie Hermès, percée et dépecée comme un vulgaire gibier par les débris métalliques du DC10 qui vient de s’écraser. Avec étonnement et pitié, je regarde la dépouille sanglante que je suis devenue.
Il y a quelques minutes à peine, j’étais bien au chaud, coincée entre un gros Allemand dont les énormes cuisses débordaient sur moi et la femme au foulard, parfaitement coiffée, bijoutée et parfumée qui n’avait pas daigné m’accorder son prétentieux regard. Je me demande dans quel état elle est, maintenant, cette snob griffée? Son lifting très, très cher, ma chère, n’a évidemment pas tenu le coup. Quant aux cuisses dodues de mon voisin de gauche, elles font désormais les choux gras des poissons.
Tassés comme des sardines destinées à un retour aux sources involontaire, les passagers somnolaient tant bien que mal, bras étroitement croisés sur la poitrine et genoux contre mentons. Les hôtesses de l’air couraient leur marathon d’un océan aux autres, cheveux fous, yeux blasés et sourires crispés, sans doute embarrassées de nous servir une bouillie additionnée de quelques morceaux de viande molle pour bestiaux édentés.
Bouclée dans le siège 44E, dos contre une toilette d’où s’échappait une odeur de plus en plus suspecte et que je ne pouvais accéder qu’en enjambant tant bien que mal les ronflements de l’Allemand, je pensais à la conférence sur les tueurs fous à laquelle j’allais assister à Düsseldorf. Mon partenaire gisait sous sa couverture de vol indigo dans le siège devant moi, tête contre le hublot, ivre et mort par mes soins. Lampée de whisky à peine avalée, ma jubilation jouissive piqua du nez sans prévenir. Mon cœur s’emballa une ultime fois et ma glorieuse carrière de spécialiste des meurtres en série plongea dans l’abîme.
À vingt-sept ans, ensevelie dans la profondeur glauque de l’océan Atlantique, c’est avec la rage au cœur que je quitte ce monde comme j’y suis entrée. C’est ce que tu voudrais sans doute, fillette. Mais voilà, tu te réveilles de ce cauchemar dans ton lit, bien en chair et en os, vivante et rebelle, avec, comme toujours, la rage au cœur.
II
Jeune, j’étais une brune sulfureuse aux yeux charbon. Depuis ce qui fut loin d’être ma tendre enfance, j’attise des regards jaloux et concupiscents. Je suis le feu dangereux qui couve sous la braise.
C’est en plein cœur de l’hiver déchaîné du Nord québécois que je vois l’âpre jour de mon existence. Mais, comment ai-je pu atterrir ici? je m’égosille. Je voulais naître dans un pays tropical, bercée dans les bras d’un palmier ondulant. Je voulais qu’on me plonge dans les eaux calorifères de la mer, puis qu’on me sèche au soleil comme une tomate béate. Et voilà qu’emmitouflée de laine, je dors comme un ange déchu dans un lit-cage balayé de courants d’air. Dehors, un cyclone blanc rugit à tout vent pour annoncer mon arrivée.
Une jeunesse au froid glacial, vous connaissez? Malgré le foulard enroulé autour de ma tête comme un boa constrictor qui ne laisse libres que mes yeux larmoyants – maman, j’étouffe! – et mes mitaines à galon, le paquet bien ficelé que je suis ne frissonne pas de joie. Petit à petit, la petite congèle.
En grandissant, ça ne s’arrange pas, loin de là. Chaque fois qu’il en a l’occasion, le vent crapuleux s’insinue sous mes manches et ma jupe et lèche mon visage et mon cou de sa langue râpeuse et glacée. Brutal et musclé, il m’immobilise et me viole, devenant le premier agresseur d’une série qui va me plonger dans l’irréparable.
III
Effondrée près du cap qui fait de la côte à pic que je dois monter tous les jours pour aller à l’école une rue sans issue – signe annonciateur de ma destinée – notre maison est la dernière d’une rangée moribonde au stade précoce de décomposition. À mon grand désespoir, je suis née non seulement dans une glacière, mais sous le signe de la pauvreté. Dépourvue des dix sous requis pour acheter un petit Chinois à l’école, ma non-participation à une vaste campagne de christianisation contre un péril jaune menaçant fait l’objet de mépris, au même titre que mes livres d’occasion savamment enluminés de bonshommes ricaneurs, de soleils hilares et de ratures au stylo par les génies en herbe qui les ont possédés avant moi. Les bouliers rutilants, les crayons de couleur déployés en arc-en-ciel, la convoitée collection des Tintin et les chaînes ornées d’une petite croix en or offertes aux baptêmes par des marraines attendries ne sont pas pour moi. Ni, bien entendu, les médailles d’honneur fièrement arborées d’une semaine à l’autre par les premières de classe.
Au mois de janvier, la longue marche vers l’école est une véritable torture. Le froid me gèle les pieds et les mains, de même qu’il me pince le front et les joues. La neige marbrée de jaune – trace d’urine figée d’un chien errant – craque sous mes pas. Comme la température, mon moral descend à -40 o F. Je vais tomber raide morte. Pour abréger ma souffrance, je prends un raccourci. La neige grimpe jusqu’au haut de la clôture de métal qui entoure la cour de la crèche où les mères célibataires vaincues abandonnent leurs bébés sans père. Je peux passer facilement. Hélas, après quelques pas, je m’enfonce dans une blancheur mouvante qui s’empresse d’avaler cette petite d’homme chaude tombée du ciel. Je me démène comme un diable qui refuse de finir ses jours dans le frigo du paradis, préférant de loin son four éternel. Comme j’ai de longues jambes, les trous sont profonds et mes bottes se coincent au fond. Impossible de les sortir de là. Telle une truite transie, je nage vers la clôture et, chaussettes glacées aux pieds, je patine misérablement jusqu’au bas de la côte. Comme bien d’autres leçons, je ne retiens pas celle-ci: fillette, prends bien garde aux raccourcis .
IV
Au centre de loisirs près de l’école, je jalouse de loin les filles qui sont populaires. Noir aux yeux et rouge aux lèvres, queues de cheval piaffant sur têtes et cerceaux ballotant sous jupe, ces plates imitations des grandes stars du sex-appeal aguichent et cabotinent. Les garçons les regardent avec des yeux de merlan frit: ils sont cuits. Pour elles, je suis une quantité négligeable, indigne d’un regard, encore plus d’un sourire. Un jour de classe, pour me venger, j’essaie de me rendre intéressante en allant en catimini verrouiller toutes les portes dans les précieuses toilettes de ces minettes, qui fument des cigarettes en s’admirant longuement dans le miroir. Il me suffit ensuite, ô idée combien géniale, de passer sous la porte pour sortir. Fière de moi et riant sous ma cape – ou plutôt sous ma tunique grise – je regarde d’un œil céleste les élèves et les religieuses s’affoler. Mais le lendemain, l’ange connaît une fois de plus la déchéance. «Venez avec moi chez la directrice, s’il vous plaît», me demande mère Marie-Madeleine. Ulcéré, l’ange s’écrie: «Jamais je n’oserais faire cela, ma mère la directrice!» Hélas, sur le dos de ma déloyale tunique, se trouve une traînée aussi blanche qu’accusatrice. Les religieuses ont, ô idée combien plus géniale, barbouillé de craie le bas des portes. Déjà penaude, avant d’être noiraude et nigaude, je renonce à être intéressante – et surtout à me venger – en

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