Savoyard, Les Histoires extraordinaires de mon grand-père , livre ebook

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Français

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2012

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Savoyard, Les Histoires extraordinaires de mon grand-père - Rares sont les ouvrages qui vont chercher ce qui se cache derrière cette terre de cartes postales. Or cette vieille terre de Savoie possède bien d’'autres trésors, bien d’'autres richesses, comme son patrimoine oral particulièrement original et varié, transmis de génération en génération depuis ces temps que l'’on dit “immémoriaux”. Ce sont ces histoires, à faire sourire, à faire peur, à faire rêver… que nous racontaient nos pères et leurs grands-pères avant eux. Félix Bertholaz est allé puiser dans cette tradition orale savoyarde pour nous restituer des histoires qui nous donnent l'’âme de notre Savoie.


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Publié par

Date de parution

27 décembre 2012

Nombre de lectures

127

EAN13

9782365729772

Langue

Français

Le Loup-garou d’Arâches

Dans le village d’Arâches, tout le monde savait ce qu’était un loup-garou, même si la plupart des paroissiens n’en avaient jamais vu. Les paysans avaient beau faire les fiers lorsqu’ils avaient bu, prétendre que c’étaient des histoires pour faire peur aux vieilles, quand il s’agissait du loup-garou, un petit frisson leur parcourait le dos. Et sans le dire, les soirs de pleine lune, ils buvaient moins et rentraient vite chez eux.
La religion tenait à l’époque une grande place dans la vie des gens de Savoie et les curés ne se gênaient pas pour promettre l’enfer aux hommes et aux femmes qui négligeaient leurs devoirs de religion. Les curés disaient que le loup-garou était une punition imposée par le Seigneur aux jeunes gens qui ne respectaient pas leurs obligations religieuses. Alors, lorsqu’il était question de marier leur fille, les pères veillaient à ce qu’elles ne ramènent pas un mécréant à la maison.
Un jour Jean Firmin eut l’occasion de voir de près un loup-garou. Ce fut à l’occasion d’un mariage. Dans le village, une jeune fille nommée Bernadette Michaud était arrivée à l’âge de se marier. Les prétendants ne manquaient pas.
À la Saint-Jean, elle assista avec ses parents à une fête de famille chez des parents aux Carroz. Elle reçut les attentions d’un jeune homme de La Frasse, un garçon du nom de Gaston Latourette, l’ami de Jean Firmin. Gaston la fit danser dix fois plutôt qu’une. Lors du repas, assis en face d’elle, il lui proposa : « Après la fête, si tu le veux bien, et si tu veux rester plus longtemps, je te raccompagnerai chez toi. J’ai un cheval et ma carriole.
– Si mes parents le veulent bien, je viendrai avec toi », répondit Bernadette.
Et la fête finie, la carriole attelée, on suivit les autres qui redescendaient au village. Le cheval connaissait son chemin si bien que Gaston avait tout le loisir de courtiser la belle Bernadette et de la protéger du vent avec une couverture. Arrivés à la ferme des parents de Bernadette, Gaston se vit inviter à boire une goutte par le père de la fille.
Et au bout d’un an, on annonça les fiançailles de Bernadette et Gaston
La veille du mariage, les bans avaient été publiés. Le promis était arrivé chez sa future avec son garçon d’honneur, Jean Firmin, son père et plusieurs de ses amis. On commença par célébrer la mariée. Les noces allaient être joyeuses. Les violons vibraient sous le crin des archets. Les danses faisaient entendre au loin leurs mouvements rythmés.
Mais à minuit, le marié était invisible. Alors Jean fit cesser la musique et s’écria : « Le marié est-il ici ? Il faut qu’il me suive : il est encore mon prisonnier. Demain une jolie fille le délivrera. »
Tout le monde se mit à rire. L’un des convives dit qu’il l’avait vu sortir, tête nue, juste avant le coup de minuit, par la porte de derrière. Tout le monde se mit à sa recherche. On l’appela sans succès. Bernadette devenait inquiète.
« Il va rentrer, disait-on. Il ne peut rien lui arriver de fâcheux. »
Tous les hommes se mirent à le chercher. Ils cherchèrent dans la grange, sur le foin, dans les étables, partout. Une heure sonna : on n’avait toujours pas retrouvé Gaston. Les femmes pleuraient. Bernadette était prise d’angoisse.
Jean cherchait son ami dans un bosquet non loin de la ferme, lorsqu’il entendit marcher derrière lui. Il se retourna mais ne vit rien. Il s’avança et il vit alors une bête de la taille d’un homme avec la tête d’un gros chien. Elle était noire avec des yeux rouges. Jean Firmin resta là, figé de peur, incapable de bouger. L’animal s’avança vers lui, ouvrit sa gueule et montra des crocs semblables à ceux d’un loup. Jean ressentait une peur effroyable. Il sortit son couteau et frappa la bête. Le couteau atteignit l’épaule du loup et fit couler le sang. Aussitôt la bête disparut et un homme blessé à l’épaule surgit on ne sait d’où : c’était Gaston.
« Tu m’a délivré, dit-il à son ami en se tenant l’épaule.
– C’est toi ? Tu es un loup-garou ?
– Oh ! n’en dis rien, je t’en supplie ! »
Jean pouvait-il laisser Bernadette épouser un mécréant ? Il ne savait ni quoi faire ni que penser quand Gaston dit à voix basse : « Je vais aller à confesse demain, je le jure. Ne dis rien, je promets de changer de vie. Je serai un bon chrétien à l’avenir.
– Le jures-tu ? demanda Jean.
– Je te le jure ! »
Jean raccompagna son ami à la noce. Lorsqu’ils entrèrent, ils étaient livides tous les deux. Du sang coulait le long du bras de Gaston.
« J’ai fait un malaise, s’empressa de dire Gaston, et je suis sorti pensant que l’air froid me ferait du bien. Je suis tombé sur une pierre fort pointue et me suis blessé à l’épaule. »
Jean ne dit rien. On soigna la blessure de Gaston : on aurait dit un coup de couteau ; il y a des pierres qui tranchent comme un poignard. Chacun alla se coucher.
Le lendemain Jean était de bonne heure devant la maison de Gaston, accompagné du curé. Ensemble, ils allèrent à l’église. Gaston resta longtemps dans le confessionnal. Jean Firmin garda son secret pour lui tout au long de sa vie. Ce n’est que sur son lit de mort qu’il raconta cette histoire de loup-garou à son fils, alors que Gaston et Bernadette avaient déjà quitté ce monde après une vie exemplaire avec 4 enfants et 12 arrière-petits-enfants.

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