Pot-Bouille , livre ebook

icon

378

pages

icon

Français

icon

Ebooks

2011

Écrit par

Publié par

icon jeton

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Lire un extrait
Lire un extrait

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne En savoir plus

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
icon

378

pages

icon

Français

icon

Ebook

2011

icon jeton

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Lire un extrait
Lire un extrait

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne En savoir plus

Les Rougon-Macquart : histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire. X (1882)
Voir Alternate Text

Publié par

Date de parution

30 août 2011

Nombre de lectures

102

EAN13

9782820610768

Langue

Français

POT-BOUILLE
Emile Zola
Collection « Les classiques YouScribe »
Faites comme Emile Zola, publiez vos textes sur YouScribe YouScribe vous permet de publier vos écrits pour les partager et les vendre. C’est simple et gratuit.
Suivez-nous sur :
ISBN 978-2-8206-1076-8
Chapitre XI Lorsque, le lendemain, à huit heures, Octave descendit de sa chambre, il fut très surpris de trouver toute la maison au courant de l’attaque de la veille et de la situation désespérée où était le propriétaire. Du reste, la maison ne s’occupait pas du malade : elle ouvrait la succession. Dans leur petite salle à manger, les Pichon s’attablaient devant des bols de chocolat. Jules appela Octave. – Dites donc, en voilà un remue-ménage, s’il meurt comme ça ! Nous allons en voir de drôles… Savez-vous s’il y a un testament ? Le jeune homme, sans répondre, leur demanda d’où ils tenaient la nouvelle. Marie l’avait remontée de chez la boulangère ; d’ailleurs, ça filtrait d’étage en étage, et jusqu’au bout de la rue, par les bonnes. Puis, après avoir allongé une tape à Lilitte qui lavait ses doigts dans le chocolat, la jeune femme dit à son tour : – Ah ! tout cet argent !… S’il songeait seulement à nous laisser un sou par pièce de cent sous. Mais il n’y a pas de danger ! Et comme Octave les quittait, elle ajouta : – J’ai fini vos livres, monsieur Mouret… Veuillez les reprendre, n’est-ce pas ? Il descendait vivement, inquiet, se souvenant d’avoir promis à me M Duveyrier de lui envoyer Berthe avant toute indiscrétion, lorsque, au troisième, il tomba sur Campardon, qui sortait. – Eh bien ! dit ce dernier, votre patron hérite. Je me suis laissé conter que le vieux a près de six cent mille francs, plus cet immeuble… Dame ! il ne dépensait rien chez les Duveyrier, et il lui restait pas mal sur son magot de Versailles, sans compter les vingt et quelques mille francs des loyers de la maison… Hein ? un fameux gâteau à se partager, quand on est trois seulement ! Tout en causant ainsi, il continuait de descendre, derrière Octave. me Mais, au second, ils rencontrèrent M Juzeur, qui revenait de voir ce que sa petite bonne Louise, pouvait bien faire le matin, à perdre plus d’une heure pour rapporter quatre sous de lait. Elle entra naturellement dans la conversation, très au courant. – On ne sait pas comment il a réglé ses affaires, murmura-t-elle de son air doux. Il y aura peut-être des histoires. – Ah bien ! dit gaiement l’architecte, je voudrais être à leur place. Ça ne traînerait pas… On fait trois parts égales, chacun prend la sienne, et
bonjour bonsoir ! me M Juzeur se pencha, leva la tête, s’assura de la solitude de l’escalier. Enfin, baissant la voix : – Et s’ils ne trouvaient pas ce qu’ils attendent ?… Des bruits circulent. L’architecte écarquillait les yeux. Puis, il haussa les épaules. Allons donc ! des fables ! Le père Vabre était un vieil avare qui mettait ses économies dans des bas de laine. Et il s’en alla, parce qu’il avait un rendez-vous à Saint-Roch, avec l’abbé Mauduit. – Ma femme se plaint de vous, dit-il, à Octave, en se retournant, après avoir descendu trois marches. Entrez donc causer de temps à autre. me M Juzeur retenait le jeune homme. – Et moi, comme vous me négligez ! Je croyais que vous m’aimiez un peu… Quand vous viendrez, je vous ferai goûter une liqueur des îles, oh ! quelque chose de délicieux ! Il promit, il se hâta de gagner le vestibule. Mais, avant d’arriver à la petite porte du magasin, ouvrant sous la voûte il dut encore traverser tout un groupe de bonnes. Celles-là distribuaient la fortune du moribond. Tant me pour M Clotilde, tant pour M. Auguste, tant pour M. Théophile. Clémence disait des chiffres, carrément ; elle les connaissait bien, car elle les tenait d’Hippolyte, lequel avait vu l’argent dans un meuble. Julie pourtant les discutait. Lisa racontait comment son premier maître, un vieux monsieur, l’avait flouée, en crevant sans même lui laisser son linge sale ; tandis que, les bras ballants, la bouche ouverte, Adèle écoutait ces histoires d’héritage, qui faisaient crouler devant elle des piles gigantesques de pièces de cent sous. Et, sur le trottoir, l’air solennel, M. Gourd causait avec le papetier d’en face. Pour lui, le propriétaire n’était même plus. – Moi, ce qui m’intéresse, disait-il, c’est de savoir qui prend la maison… Ils ont tout partagé, très bien ! mais la maison, ils ne peuvent pas la couper en trois. Octave enfin entra dans le magasin. La première personne qu’il vit, me assise devant la caisse, fut M Josserand, déjà coiffée, frottée, sanglée, sous les armes. Près d’elle, Berthe, descendue sans doute à la hâte, dans le négligé charmant d’un peignoir, paraissait très animée. Mais elles se turent en l’apercevant, la mère le regarda d’un air terrible. – Alors, monsieur, dit-elle, c’est ainsi que vous aimez la maison ?… Vous entrez dans les complots des ennemis de ma fille. Il voulut se défendre, expliquer les faits. Mais elle lui fermait la
bouche, elle l’accusait d’avoir passé la nuit, avec les Duveyrier, à chercher le testament, pour y introduire des choses. Et, comme il riait, en demandant quel intérêt il aurait eu à cela, elle reprit : – Votre intérêt, votre intérêt… Bref ! monsieur, vous deviez accourir nous prévenir, puisque Dieu voulait bien vous rendre témoin de l’accident. Quand on pense que, sans moi, ma fille ne saurait rien encore ! Oui, on la dépouillait, si je n’avais pas dégringolé l’escalier, à la première nouvelle… Eh ! votre intérêt, votre intérêt, monsieur, est-ce qu’on sait ? me M Duveyrier a beau être très fanée, il y a encore des gens peu difficiles pour s’en contenter peut-être. – Oh ! maman ! dit Berthe, Clotilde qui est si honnête ! me Mais M Josserand haussa les épaules de pitié. – Laisse donc ! tu sais bien qu’on fait tout pour de l’argent ! Octave dut leur conter l’histoire de l’attaque. Elles se lançaient des coups d’œil : évidemment, selon le mot de la mère, il y avait eu des manœuvres. Clotilde était vraiment trop bonne de vouloir épargner des émotions à la famille ! Enfin, elles laissèrent le jeune homme se mettre au travail, tout en gardant des doutes sur son rôle dans l’affaire. Leur explication vive continuait. – Et qui est-ce qui paiera cinquante mille francs inscrits dans le me contrat ? dit M Josserand. Lui sous la terre, on pourra courir après, n’est-ce pas ? – Oh ! les cinquante mille francs ! murmura Berthe embarrassée. Tu sais qu’il devait, comme vous, donner seulement dix mille francs tous les six mois… Nous n’y sommes pas encore, le mieux est d’attendre. – Attendre ! attendre qu’il revienne pour te les apporter, peut-être… Grande cruche, tu veux donc qu’on te vole !… Non, non ! tu vas les exiger tout de suite sur la succession. Nous autres, nous sommes vivants, Dieu merci ! On ignore si nous paierons ou si nous ne paierons pas ; mais lui, puisqu’il est mort, il faut qu’il paie. Et elle fit jurer à sa fille de ne pas céder, car elle n’avait jamais donné à personne le droit de la prendre pour une bête. Tout en s’emportant, elle tendait parfois l’oreille vers le plafond, comme si elle eût voulu entendre, à travers l’entresol, ce qui se passait au premier étage, chez les Duveyrier. La chambre du vieux devait se trouver juste sur sa tête. Auguste était bien monté auprès de son père, dès qu’elle l’avait mis au courant de la situation. Mais cela ne la tranquillisait pas, elle rêvait d’y être, elle imaginait des trames compliquées.
– Vas-y donc ! finit-elle par crier, dans un élan de tout son cœur. Auguste est trop faible, ils sont encore en train de le ficher dedans ! Alors, Berthe monta. Octave, qui faisait l’étalage, les avait écoutées. me Quand il se vit seul avec M Josserand, et qu’elle se dirigea vers la porte, il lui demanda, dans l’espoir d’un jour de congé, s’il ne serait pas convenable de fermer le magasin. – Pourquoi donc ? dit-elle. Attendez qu’il soit mort. Ce n’est pas la peine de manquer la vente. Puis, comme il plissait un coupon de soie ponceau, elle ajouta, pour rattraper la dureté de sa phrase : – Seulement, vous pourriez bien, il me semble, ne pas mettre du rouge à l’étalage. Au premier, Berthe trouva Auguste près de son père. La chambre n’avait pas changé depuis la veille ; elle était toujours moite, silencieuse, emplie du même râle, long et pénible. Sur le lit, le vieillard restait rigide, dans une perte complète du sentiment et du mouvement. La boîte de chêne, pleine de fiches, encombrait encore la table ; pas un meuble ne semblait avoir été dérangé ni même ouvert. Cependant, les Duveyrier paraissaient plus abattus, las d’une nuit sans sommeil, les paupières inquiètes, tiraillées par une continuelle préoccupation. Dès sept heures, ils avaient envoyé Hippolyte chercher leur fils Gustave au lycée Bonaparte ; et l’enfant, un garçon de seize ans, mince et précoce, était là, dans l’effarement de ce jour inespéré de vacances, à passer près d’un moribond. – Ah ! ma chère, quel coup affreux ! dit Clotilde en allant embrasser Berthe. – Pourquoi ne pas nous prévenir ? répondit celle-ci, avec la moue pincée de sa mère. Nous étions là pour vous aider à le supporter. Auguste, d’un regard, la pria de garder le silence. Le moment n’était pas venu de se quereller. On pouvait attendre. Le Dr Juillerat, qui avait déjà fait une première visite, devait en faire une seconde ; mais il ne donnait toujours aucun espoir, le malade ne passerait pas la journée. Auguste communiquait ces nouvelles à sa femme, lorsque Théophile et Valérie entrèrent à leur tour. Tout de suite, Clotilde s’était avancée, et elle répéta en embrassant Valérie : – Quel coup affreux, ma chère ! Mais Théophile arrivait, très monté. – Alors, maintenant, dit-il, sans même étouffer sa voix, quand votre
père se meurt, c’est votre charbonnier qui doit vous l’apprendre ?… Vous avez donc voulu prendre le temps de retourner ses poches ? Duveyrier se leva, indigné. Mais Clotilde d’un geste l’écarta, tandis qu’elle répondait très bas à son frère : – Malheureux ! l’agonie de notre pauvre père ne t’est pas même sacrée… Regarde-le, contemple ton œuvre, oui, c’est toi qui lui as tourné le sang, en refusant de payer tes termes en retard. Valérie se mit à rire. – Voyons, ce n’est pas sérieux, dit-elle. – Comment ! pas sérieux ! reprit Clotilde, révoltée. Vous saviez combien il aimait à toucher ses termes… Vous auriez résolu de le tuer, que vous n’auriez pas agi autrement. Et elles en venaient à des mots plus vifs, elles s’accusaient réciproquement de vouloir mettre la main sur l’héritage, lorsque, toujours maussade et calme, Auguste les rappela au respect. – Taisez-vous ! Vous aurez le temps. Ce n’est pas convenable, à cette heure. Alors, la famille, se rendant à la justesse de cette observation, prit place autour du lit. Un grand silence tomba, on entendit de nouveau le râle, dans la chambre moite. Berthe et Auguste étaient aux pieds du mourant ; Valérie et Théophile, arrivés les derniers, avaient dû se mettre assez loin, près de la table ; tandis que Clotilde occupait le chevet, ayant son mari derrière elle ; et, au bord même des matelas, elle poussait son fils Gustave, que le vieillard adorait. Tous se regardaient maintenant, sans une parole. Mais les yeux clairs, les lèvres pincées disaient les réflexions sourdes, les raisonnements pleins d’inquiétude et d’irritation, qui passaient dans ces têtes pâles d’héritiers, aux paupières rougies. La vue du collégien, si près du lit, exaspérait surtout les deux jeunes ménages ; car, c’était visible, les Duveyrier comptaient sur la présence de Gustave pour attendrir le grand-père, s’il recouvrait sa connaissance. Même cette manœuvre était une preuve qu’il ne devait pas exister de testament ; et les regards des Vabre allaient furtivement à un vieux coffre-fort, la caisse de l’ancien notaire, qu’il avait apportée de Versailles et fait sceller dans un coin de sa chambre. Il y enfermait, par manie, tout un monde d’objets. Sans doute les Duveyrier s’étaient empressés de fouiller cette caisse, pendant la nuit. Théophile rêvait de leur tendre un piège, pour les faire parler. – Dites donc, vint-il murmurer enfin à l’oreille du conseiller, si l’on avertissait le notaire… Papa peut vouloir changer ses dispositions.
Duveyrier n’entendit pas d’abord. Comme il s’ennuyait beaucoup dans cette chambre, il avait laissé toute la nuit sa pensée retourner vers Clarisse. Décidément, le plus sage serait de se remettre avec sa femme ; mais l’autre était si drôle, quand elle envoyait sa chemise par-dessus sa tête, d’un geste de gamin ; et, les yeux vagues, fixés sur le moribond, il la revoyait ainsi, il aurait tout donné pour la posséder encore, rien qu’une fois. Théophile dut répéter sa question. – J’ai interrogé M. Renaudin, répondit alors le conseiller effaré. Il n’y a pas de testament. – Mais ici ? – Pas plus ici que chez le notaire. Théophile regarda Auguste : était-ce évident ? les Duveyrier avaient fouillé les meubles. Clotilde saisit ce regard et s’irrita contre son mari. Qu’avait-il donc ? est-ce que la douleur l’endormait ? Et elle ajouta : – Papa a fait ce qu’il a dû faire, bien sûr… Nous le saurons toujours trop tôt, mon Dieu ! Elle pleurait. Valérie et Berthe, gagnées par sa douleur, se mirent aussi à sangloter doucement. Théophile avait regagné sa chaise sur la pointe des pieds. Il savait ce qu’il voulait savoir. Certainement, si son père reprenait connaissance, il ne laisserait pas les Duveyrier abuser de leur galopin de fils, pour se faire avantager. Mais, comme il s’asseyait, il vit son frère Auguste s’essuyer les yeux, et cela l’émut tellement, qu’à son tour il étrangla : l’idée de la mort lui venait, il mourrait peut-être de cette maladie, c’était abominable. Alors, toute la famille fondit en larmes. Seul, Gustave ne pouvait pleurer. Ça le consternait, il regardait par terre, réglant sa respiration sur le râle, pour s’occuper à quelque chose, comme on leur faisait marquer le pas, pendant les leçons de gymnastique. Cependant, les heures s’écoulaient. À onze heures, ils eurent une distraction, le Dr Juillerat se présenta de nouveau. L’état du malade empirait, il devenait même douteux, maintenant, qu’il pût reconnaître ses enfants, avant de mourir. Et les sanglots recommençaient, lorsque Clémence vint annoncer l’abbé Mauduit. Clotilde, qui s’était levée, reçut la première ses consolations. Il paraissait pénétré du malheur de la famille, il trouva pour chacun une parole d’encouragement. Puis, avec beaucoup de tact, il parla des droits de la religion, il insinua qu’on ne devait pas laisser partir cette âme sans le secours de l’Église. – J’y avais songé, murmura Clotilde. Mais Théophile éleva des objections. Leur père ne pratiquait pas ; il avait même eu jadis des idées avancées, car il lisait Voltaire ; enfin, le
Voir Alternate Text
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • Podcasts Podcasts
  • BD BD
  • Documents Documents
Alternate Text