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André Mariolle est présenté par son ami et musicien Massival à la très belle et coquette Michelle de Burne. Il en tombe éperdument amoureux. Il va alors vivre une passion dévorante et torturée. Ce roman est une critique de l'aspect superficiel et égoïste des femmes mondaines de cette époque.
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Date de parution

30 août 2011

Nombre de lectures

105

EAN13

9782820606976

Langue

Français

Notre coeur
Guy de Maupassant
1890
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0697-6
Partie 1
Chapitre 1

Un jour Massival, le musicien, le célèbre auteur de Rébecca,celui que, depuis quinze ans déjà on appelait « le jeune etillustre maître », dit à André Mariolle, son ami :
– Pourquoi ne t’es-tu jamais fait présenter à Mme Michèle deBurne ? Je t’assure que c’est une des femmes les plusintéressantes du nouveau Paris.
– Parce que je ne me sens pas du tout mis au monde pour sonmilieu.
– Mon cher, tu as tort. C’est là un salon original, bien neuf,très vivant et très artiste. On y fait d’excellente musique, on ycause aussi bien que dans les meilleures potinières du derniersiècle. Tu y serais fort apprécié, d’abord parce que tu joues duviolon en perfection, ensuite parce qu’on a dit beaucoup de bien detoi dans la maison, enfin parce que tu passes pour n’être pas banalet point prodigue de tes visites.
Flatté, mais résistant encore, supposant d’ailleurs que cettedémarche pressante n’était point ignorée de la jeune femme,Mariolle fit un « Peuh ! je n’y tiens guère » où le dédainvoulu se mêlait au consentement acquis déjà.
Massival reprit :
– Veux-tu que je te présente un de ces jours ? Tu laconnais d’ailleurs par nous tous qui sommes de son intimité, carnous parlons d’elle assez souvent. C’est une fort jolie femme devingt-huit ans, pleine d’intelligence, qui ne veut pas se remarier,car elle a été fort malheureuse une première fois. Elle a fait deson logis un rendez-vous d’hommes agréables. On n’y trouve pas tropde messieurs de cercle ou du monde. Il y en a juste ce qu’il fautpour l’effet. Elle sera enchantée que je t’amène à elle.
Vaincu, Mariolle répondit :
– Soit, un de ces jours.
Dès le début de la semaine suivante, le musicien entrait chezlui, et demandait :
– Es-tu libre demain ?
– Mais… oui.
– Bien. Je t’emmène dîner chez Mme de Burne. Elle m’a chargé det’inviter. Voici un mot d’elle, d’ailleurs.
Après avoir réfléchi quelques secondes encore, pour la forme,Mariolle répondit :
– C’est entendu !
Âgé d’environ trente-sept ans, André Mariolle, célibataire etsans profession, assez riche pour vivre à sa guise, voyager ets’offrir même une jolie collection de tableaux modernes et debibelots anciens, passait pour un garçon d’esprit, un peufantasque, un peu sauvage, un peu capricieux, un peu dédaigneux,qui posait au solitaire plutôt par orgueil que par timidité. Trèsbien doué, très fin, mais indolent, apte à tout comprendre etpeut-être à faire bien beaucoup de choses, il s’était contenté dejouir de l’existence en spectateur, ou plutôt en amateur. Pauvre,il fût devenu sans doute un homme remarquable ou célèbre ; nébien renté, il s’adressait l’éternel reproche de n’avoir pas suêtre quelqu’un. Il avait fait, il est vrai, des tentativesdiverses, mais trop molles, dans les arts : une vers lalittérature, en publiant des récits de voyage agréables,mouvementés et de style soigné ; une vers la musique enpratiquant le violon, où il avait acquis, même parmi les exécutantsde profession, un renom respecté d’amateur, et une enfin vers lasculpture, cet art où l’adresse originale, où le don d’ébaucher desfigures hardies et trompeuses remplacent pour les yeux ignorants lesavoir et l’étude. Sa statuette en terre « Masseur tunisien » avaitmême obtenu quelque succès au salon de l’année précédente.
Remarquable cavalier, c’était aussi, disait-on, un excellentescrimeur, bien qu’il ne tirât jamais en public, obéissant en celapeut-être à la même inquiétude qui le faisait se dérober auxmilieux mondains où des rivalités sérieuses étaient à craindre.
Mais ses amis l’appréciaient et le vantaient avec ensemble,peut-être parce qu’il leur portait peu d’ombrage. On le disait entous cas sûr, dévoué, agréable de rapports et très sympathique desa personne.
De taille plutôt grande, portant la barbe noire courte sur lesjoues et finement allongée en pointe sur le menton, des cheveux unpeu grisonnants mais joliment crépus, il regardait bien en face,avec des yeux bruns, clairs, vifs, méfiants et un peu durs.
Parmi ses intimes il avait surtout des artistes, le romancierGaston de Lamarthe, le musicien Massival, les peintres Jobin,Rivollet, de Maudol, qui semblaient priser beaucoup sa raison, sonamitié, son esprit et même son jugement, bien qu’au fond, avec lavanité inséparable du succès acquis, ils le tinssent pour un trèsaimable et très intelligent raté.
Sa réserve hautaine semblait dire : « Je ne suis rien parce queje n’ai rien voulu être ». Il vivait donc dans un cercle étroit,dédaignant la galanterie élégante et les grands salons en vue oùd’autres auraient brillé plus que lui, l’auraient rejeté dansl’armée des figurants mondains. Il ne voulait aller que dans lesmaisons où on apprécierait sûrement ses qualités sérieuses etvoilées ; et, s’il avait consenti si vite à se laisserconduire chez Mme Michèle de Burne, c’est que ses meilleurs amis,ceux qui proclamaient partout ses mérites cachés, étaient lesfamiliers de cette jeune femme.
Elle habitait un joli entresol, rue du Général-Foy, derrièreSaint-Augustin. Deux pièces donnaient sur la rue : la salle àmanger et un salon, celui où on recevait tout le monde ; deuxautres sur un beau jardin dont jouissait le propriétaire del’immeuble. C’était d’abord un second salon, très grand, plus longque large, ouvrant trois fenêtres sur les arbres, dont les feuillesfrôlaient les auvents, et garni d’objets et de meublesexceptionnellement rares et simples, d’un goût pur et sobre etd’une grande valeur. Les sièges, les tables, les mignonnes armoiresou étagères, les tableaux, les éventails et les figurines deporcelaine sous une vitrine, les vases, les statuettes, le cartelénorme au milieu d’un panneau, tout le décor de cet appartement dejeune femme attirait ou retenait l’œil par sa forme, sa date ou sonélégance. Pour se créer cet intérieur, dont elle était presqueaussi fière que d’elle-même, elle avait mis à contribution lesavoir, l’amitié, la complaisance et l’instinct fureteur de tousles artistes qu’elle connaissait. Ils avaient trouvé pour elle, quiétait riche et payait bien, toutes choses animées de ce caractèreoriginal que ne distingue point l’amateur vulgaire, et elle s’étaitfait, par eux, un logis célèbre, difficilement ouvert, où elles’imaginait qu’on se plaisait mieux et qu’on revenait plusvolontiers que dans l’appartement banal de toutes les femmes dumonde.
C’était même une de ses théories favorites de prétendre que lanuance des tentures, des étoffes, l’hospitalité des sièges,l’agrément des formes, la grâce des ensembles, caressent, captiventet acclimatent le regard autant que les jolis sourires. Lesappartements sympathiques ou antipathiques, disait-elle, riches oupauvres, attirent, retiennent ou repoussent comme les êtres qui leshabitent. Ils éveillent ou engourdissent le cœur, échauffent ouglacent l’esprit, font parler ou se taire, rendent triste ou gai,donnent enfin à chaque visiteur une envie irraisonnée de rester oude partir.
Vers le milieu de cette galerie un peu sombre, un grand piano àqueue, entre deux jardinières fleuries, avait une place d’honneuret une allure de maître. Plus loin, une haute porte à deux battantsfaisait communiquer cette pièce avec la chambre à coucher, quis’ouvrait encore sur le cabinet de toilette, fort grand et élégantaussi, tendu en toiles de Perse comme un salon d’été, et où Mme deBurne, quand elle était seule, avait coutume de se tenir.
Mariée avec un vaurien de belles manières, un de ces tyransdomestiques devant qui tout doit céder et plier, elle avait étéd’abord fort malheureuse. Pendant cinq ans, elle avait dû subir lesexigences, les duretés, les jalousies, même les violences de cemaître intolérable, et terrifiée, éperdue de surprise, elle étaitdemeurée sans révolte devant cette révélation de la vie conjugale,écrasée sous la volonté despotique et suppliciante du mâle brutaldont elle était la proie.
Il mourut, un soir, en revenant chez lui, de la rupture d’unanévrisme, et, quand elle vit entrer le corps de ce mari enveloppédans une couverture, elle le regarda, ne pouvant croire à laréalité de cette délivrance, avec un sentiment profond de joiecomprimée et une peur affreuse de le laisser voir.
D’une nature indépendante, gaie, même exubérante, très souple etséduisante, avec des saillies d’esprit libre, semées on ne saitcomm

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