Le Petit Héros , livre ebook

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Dans une société bourgeoise, frivole, en fête perpétuelle, un homme se rappelle ses premiers sentiments d'amour, alors qu'il n'avait pas encore onze ans.
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Date de parution

30 août 2011

Nombre de lectures

145

EAN13

9782820603722

Langue

Français

Le Petit H ros
F dor Mikha lovitch Dosto evski
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0372-2
Je n’avais pas encore onze ans, lorsqu’au mois de juillet on m’envoya passer quelque temps aux environs de Moscou, dans une terre appartenant à un de mes parents, M. T***, qui continuellement réunissait alors chez lui une cinquantaine d’invités, peut-être même davantage ; car, je dois le dire, ces souvenirs sont lointains !
Tout y était gai et animé ; c’était une fête perpétuelle. Notre hôte paraissait s’être juré de dissiper le plus vite possible son immense fortune ; et, en effet, il réussit rapidement à résoudre ce problème : il jeta si bien l’argent par les fenêtres, que bientôt il n’en resta plus vestige. À chaque instant arrivaient de nouveaux hôtes : on était là tout près de Moscou, que l’on voyait à l’horizon, de sorte que ceux qui partaient cédaient la place à de nouveaux venus, et la fête continuait toujours. Les divertissements se suivaient sans interruption, et l’on n’en voyait pas la fin : parties de cheval dans les environs, excursions dans la forêt et promenades en bateau sur la rivière ; festins, dîners champêtres, soupers sur la grande terrasse bordée de trois rangées de fleurs rares, qui répandaient leurs parfums dans l’air frais de la nuit. Les femmes, presque toutes jolies, semblaient, à la lueur d’une illumination féerique, encore plus belles, avec leurs yeux étincelants et le visage animé par les impressions du jour.
Les conversations se croisaient, vivement interrompues par de sonores éclats de rire ; puis c’étaient des danses, des chants, de la musique ; si le ciel s’obscurcissait, on organisait des tableaux vivants, des charades, des proverbes, des spectacles ; il y avait aussi des beaux parleurs, des conteurs, des faiseurs de bons mots. Certes, tout cela ne se passait pas sans médisances et sans commérages, car autrement le monde ne saurait exister, et des millions de personnes mourraient d’ennui. Mais comme je n’avais que onze ans, je n’y prêtais aucune attention, absorbé que j’étais par mes propres idées ; et d’ailleurs, si j’avais remarqué quelque chose, je n’aurais pu m’en rendre compte, tellement j’étais ébloui par le côté brillant du tableau qui frappait mes yeux d’enfant ; ce n’est que plus tard que tout m’est revenu par hasard à la mémoire, et que j’ai compris ce que j’avais vu et entendu à cette époque. Quoi qu’il en soit, cet éclat, cette animation, ce bruit que j’avais ignoré jusque-là, m’impressionnèrent d’une telle manière que les premiers jours je me sentis comme perdu et que j’eus le vertige.
Je parle toujours de mes onze ans, c’est qu’en effet j’étais un enfant, rien qu’un enfant. Parmi les jeunes femmes, plusieurs me caressaient volontiers, mais ne songeaient guère à s’informer de mon âge ; cependant, – chose étrange ! – un sentiment, que j’ignorais encore, s’était emparé de moi, et quelque chose s’agitait vaguement dans mon cœur. Pourquoi ce cœur battait-il si fort par moments, et pourquoi mon visage se couvrait-il de subites rougeurs ? Tantôt je me sentais confus et comme humilié de mes privilèges d’enfant ; tantôt j’étais envahi par une sorte d’étonnement et j’allais me cacher là où personne ne pouvait me trouver. Je cherchais alors à reprendre haleine ; j’étais hanté par un vague ressouvenir qui m’échappait soudain, sans lequel je me figurais pourtant que je ne pouvais me montrer et dont il m’était impossible de me passer. Tantôt il me semblait que je me dissimulais à moi-même quelque chose que je n’aurais jamais révélé à personne, et moi, petit homme, je me sentais parfois des mouvements de honte au point d’en verser des larmes.
Bientôt je me trouvai isolé dans le tourbillon qui m’entourait. Parmi nous il y avait d’autres enfants ; mais tous étaient beaucoup plus jeunes ou beaucoup plus âgés que moi, et je ne me souciais pas d’eux.
Rien ne me fût arrivé, pourtant, s’il ne s’était produit une circonstance exceptionnelle. Pour ces belles dames, je n’étais qu’un petit être insignifiant qu’elles aimaient à combler de caresses, et avec lequel elles pouvaient jouer à la poupée. L’une d’elles, surtout, une ravissante jeune femme blonde, ayant une épaisse et magnifique chevelure, comme je n’en avais jamais vu, et comme je n’en rencontrerai certainement plus jamais de pareille, semblait s’être juré de ne pas me laisser tranquille. Elle s’amusait, tandis que moi j’en étais tout troublé, à provoquer l’hilarité générale, à chaque instant, par de brusques folies dont j’étais la victime, ce qui lui causait une grande joie.
En pension, ses compagnes l’eussent traitée de vraie gamine. Elle était merveilleusement belle ; il y avait je ne sais quoi en elle qui saisissait immédiatement. Elle ne ressemblait sous aucun rapport à ces modestes petites blondes, douces comme un duvet et délicates comme de jeunes souris blanches ou comme des filles de pasteur. Elle était petite et grassouillette, mais son visage, modelé à ravir, était du dessin le plus délicat et le plus fin. Comme le feu, elle était vive, rapide et légère. Parfois le reflet d’un éclair passait sur son visage ; ses grands yeux francs, brillants comme des diamants, lançaient alors des étincelles ; je n’aurais jamais échangé de pareils yeux bleus contre des yeux noirs, fussent-ils plus noirs que ceux d’une Andalouse ; vrai Dieu ! ma blonde valait bien certaine brune, chantée jadis par un grand poëte qui avait juré en vers excellents être prêt à se faire rompre les os pour toucher seulement du doigt le bout de sa mantille. Ajoutez que ma belle était la plus gaie de toutes les belles du monde, la plus folle des rieuses, et alerte comme une enfant, malgré ses cinq ans de mariage. Le rire ne quittait pas ses lèvres, fraîches comme une rose qui aurait à peine entr’ouvert, aux premiers rayons du soleil, ses pétales rouges et parfumés, et garderait encore les grosses gouttes de la rosée matinale.
Le deuxième jour de mon arrivée on avait, il m’en souvient, organisé un spectacle. La salle était pleine ; plus un siège n’était vacant ; venu très-tard, je dus rester debout. Mais le vif intérêt que je prenais au spectacle m’attira vers la rampe, et, sans m’en apercevoir, j’arrivai aux premiers rangs. Là je m’arrêtai et m’appuyai au dossier d’un fauteuil. Une dame y était assise : c’était ma blonde, mais nous n’avions pas encore fait connaissance. Voilà qu’involontairement je me mis à regarder ses séduisantes épaules, blanches et potelées, bien qu’à vrai dire il me fût aussi indifférent de contempler de belles épaules de femme que d’admirer le bonnet à rubans rouges posé sur les cheveux gris d’une respectable dame assise au premier rang. À côté de ma belle blonde se trouvait une vieille fille, une de celles, comme j’ai eu depuis l’occasion de le remarquer, qui se réfugient toujours auprès des plus jeunes et plus jolies femmes, et choisissent surtout celles qui aiment à être entourées de jeunes gens. Mais peu importe : là n’est point l’affaire. Aussitôt qu’elle eut remarqué mes regards indiscrets, elle se pencha vers sa voisine et avec un rire moqueur lui lança quelques mots à l’oreille ; celle-ci se retourna vivement. Je vois encore les éclairs que ses yeux ardents lancèrent de mon côté ; moi, qui ne m’y attendais guère, je frissonnai, comme au contact d’une brûlure. La belle sourit.
– Cette comédie est-elle de votre goût ? me demanda-t-elle en me regardant fixement d’un air railleur et malicieux.
– Oui, répondis-je, la contemplant toujours avec une sorte d’étonnement qui semblait lui plaire.
– Pourquoi restez-vous debout ? Vous allez vous fatiguer ; est-ce qu’il n’y a plus de place pour vous ?
– C’est que précisément il n’y en a plus, lui répondis-je, plus soucieux alors de me tirer d’embarras que préoccupé de son regard étincelant. J’étais tout uniment content d’avoir enfin trouvé un bon cœur auquel je pouvais faire part de ma peine.
– J’ai déjà cherché, mais toutes les chaises sont prises, ajoutai-je, comme pour me pla

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