Sillage de Kafka , livre ebook

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Le sillage de Kafka, c'est la postérité paradoxale d'un écrivain dont la stérilité en tous domaines était devenue le tourment, et qui n'en a pas moins inexorablement transformé notre manière de lire, d'écrire, et d'appréhender le monde. L'oeuvre de Kafka a été méditée - jusqu'à l'obsession -, célébrée - jusqu'à l'idolâtrie -, imitée - jusqu'au maniérisme. Sa personne même est devenue un mythe littéraire. La modernité fait un usage immodéré de la notion de « kafkaïen » pour caractériser ici un système politique, là une crise identitaire, tantôt une impuissance à agir, tantôt une incapacité à comprendre. Sillage de Kafka invite à une traversée des arts et de la littérature, tels que cette oeuvre les a transformés et ébranlés. On y croisera Sartre, Anders, Deleuze, Coetzee, Kertész...
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Date de parution

09 février 2021

Nombre de lectures

1

EAN13

9782748186116

Langue

Français

Sous la direction de Philippe Zard
Sillage de Kafka
Actes du colloque « Sillage de Kafka » organisé à l’Université de Paris-X-Nanterre (11-13 mars 2004), dans le cadre du Centre de recherche en littérature et poétique comparées
Ouvrage publié avec le concours de l’Université de Paris-X-Nanterre
Éditions Le Manuscrit Paris


Couverture : Gérard Bertrand, oeuvre extraite de « L’Album de Kafka ». www.gerard-bertrand.net
© Gérard Bertrand
© Éditions Le Manuscrit, 2007
ISBN : 9782748186109 (livre imprimé) ISBN : 9782748186116 (livre numérique)


Avant-propos


Sillage, échos, empreintes, hantises… Kafka l’inévitable 1
Deux ans après le colloque « Sillage de Kafka », on pouvait lire, dans Le Monde daté du 13 avril 2006, l’information suivante :
Le gouvernement est en train de mettre en place, dans le cadre de ses efforts de modernisation de l’État, un indicateur « Kafka » de complexité des démarches administratives, a annoncé jeudi 13 avril le ministre délégué au budget.
« On a emprunté aux Belges quelque chose qu’ils ont mis en place, ainsi d’ailleurs que les Néerlandais, qui est un indicateur qu’on appelle entre nous l’indicateur Kafka », a dit Jean-François Copé lors d’une conférence de presse. L’écrivain tchèque Franz Kafka (1883-1924) a décrit les méandres cauchemardesques d’une bureaucratie absurde – on dirait aujourd’hui « kafkaïenne » – dans son roman Le Procès .
Le nouvel instrument, introduit parallèlement aux audits effectués depuis l’automne dans tous les ministères français, « est un indicateur pour mesurer de manière aussi objective que possible les procédures les plus complexes, de manière à les simplifier », a expliqué Jean-François Copé.
Selon son entourage, il essaie par exemple de mesurer la charge que représente pour une entreprise ou un particulier une demande de subvention, d’aide, d’autorisation, etc. « On calcule la charge que cela représente en recherche d’informations, en démarches. Les chiffres varient entre 1 et 100, précise-t-on de même source. Après, on se pose la question de savoir si on peut réduire, si ça a un sens de réduire ou de ne pas réduire un certain nombre de règles. »
Jean-François Copé a admis que c’était encore un « gadget ». « Mais mon idée, c’est qu’on soit capable de faire une espèce de norme de type ISO 9002 sur la complexité des procédures et qu’on ait une vraie classification – telle procédure en fonction du nombre de courriers à envoyer, des délais, ça représente tant sur l’indicateur Kafka », a expliqué le ministre.
Celui dont la curiosité aura été attisée par l’anecdote découvrira, sur www.kafka.be (un site belge consacré au rapport entre l’usager et l’administration), le complément d’information suivant : « Depuis octobre 2004, le gouvernement belge utilise un instrument similaire, à savoir le test Kafka. Chaque proposition de décision d’un membre du gouvernement (projet de loi, projet d’Arrêté Royal) est soumise au préalable au test Kafka. La nouvelle réglemen tation administrative est immédiatement bloquée lorsqu’elle apparaît trop lourde. Le test Kafka a été appliqué pendant plus de 800 fois. »
L’information elle-même se prête à plusieurs lectures.
Le puriste s’offusquera de voir une œuvre profonde se réduire à quelques idées reçues et se résoudre en recettes administratives.
Le mauvais esprit, parce qu’il lui aura fallu relire plusieurs fois les explications du ministère pour les comprendre, ne manquera pas d’ironiser en voyant dans ce recyclage littéraire une histoire potentiellement kafkaïenne : il imagine déjà que la mise en place de « l’indice Kafka » donnera lieu à des missions préparatoires, à des commissions ad hoc , à des comités de surveillance, à des rapports d’étape illisibles.
L’optimiste, au contraire, se réjouira que la littérature, pour une fois, serve à quelque chose, et s’amusera de voir qu’un écrivain si secret prête désormais son nom à une entreprise de simplification de la vie. Après tout, d’ailleurs, celui qui aurait déclaré à Janouch : « Les chaînes de l’humanité torturée sont en papier de ministère », celui qui se déclarait du « parti du personnel » et qui fut témoin de la détresse des accidentés du travail, aurait-il été si étranger à ces préoccupations dites prosaïques ? Cliché pour cliché, celui d’un Kafka replié dans son univers intérieur n’est guère plus satisfaisant que celui du contempteur de la bureaucratie. Le purisme n’est pas toujours de bon conseil.
Plus sérieusement, l’anecdote est à plus d’un titre révélatrice du sujet qui nous occupe. D’une part, elle témoigne de la facilité avec laquelle Kafka est devenu un lieu commun , au double sens de ce terme. Les clichés, certes, ont quelque chose d’exaspérant, tant lorsqu’ils passent à côté de la vérité que lorsqu’ils la rejoignent superficiellement - car, au fond, les termes de l’auteur de la dépêche (« les méandres cauchemardesques d’une bureaucratie absurde ») ne sont ni plus ni moins justes que mille autres définitions topiques du kafkaïen 2 . Mais le lieu commun est aussi celui dans lequel tout le monde circule et se donne rendez-vous. Si l’on peut à bon droit être irrité du galvaudage, on doit aussi tenter de rendre compte de cette appropriation, c’est-à-dire des procédures par lesquelles une œuvre, même la plus complexe, se sédimente dans la conscience collective au point de devenir une référence partagée.
Suffit-il ici de dire que la rançon de la gloire du kafkaïen est son appauvrissement sémantique ? Ce serait méconnaître un autre enseignement de « l’affaire » : s’il est quelque chose de propre au kafkaïen, n’est-ce pas justement que, issu d’une œuvre décrite comme l’une des plus résolument singulières du siècle écoulé, il ne cesse de la dépasser de toutes parts ?
Le kafkaïen est toujours en excès et en défaut au regard de l’œuvre de Kafka comme au regard de la littérature en général. Kafka a inspiré, nourri, influencé écrivains et cinéastes, et jusqu’à des peintres et des compositeurs ; il a été médité - jusqu’à l’obsession - , célébré - jusqu’à l’idolâtrie - , imité - jusqu’au maniérisme - par la « modernité ». Mais c’est aussi le réel tout entier qui semble devoir comparaître au tribunal de Kafka - comme si celui-ci s’évertuait à ressembler à la peinture que l’écrivain est réputé en avoir faite. Il est des versions prudhommesques de ce procès - la moindre contrariété au guichet de la poste devient kafkaïenne, « si une mayonnaise rate, c’est la faute à Kafka », écrivait Vialatte en 1965 - ; il en est de tragiques - c’est George Steiner se demandant si la vermine de La Métamorphose n’aurait pas donné des idées aux nazis. Entre ces deux pôles se situe la gamme nuancée des confrontations entre l’œuvre de Kafka et le monde, ce monde que l’écrivain voyait s’offrir et « se tordre devant [lui] » sans avoir besoin de sortir de sa chambre… Plus encore peut-être que d’autres œuvres fondatrices dont on peut la rapprocher (celles, par exemple, de Joyce, de Musil, de Beckett), elle déborde le champ de l’histoire des formes : d’abord en ce que la figure même de Kafka confine au mythe (quand l’écrivain devient personnage de fiction, ou qu’il entre dans le domaine public) ; ensuite parce que la réception critique de Kafka nous a légué, à travers le terme de « kafkaïen », une notion flottante, censée qualifier tout à la fois une œuvre singulière et une expérience humaine.
Le kafkaïen ne se confond pas avec Kafka : il est ce que chaque lecteur - voire chaque génération ou chaque culture - prélève dans son œuvre pour y reconnaître sa difficulté de vivre, son impuissance à agir ou son incapacité à comprendre. Cet avènement du kafkaïen au rang de catégorie de l’expérience autorise à en chercher les traces non seulement chez les artistes assumant explicitement leur dette envers Kafka, mais également

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