Les fouilles sous-marines du phare d'Alexandrie

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Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1997 - Volume 141 - Numéro 3 - Pages 693-713
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Publié le

01 janvier 1997

Nombre de lectures

252

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

2 Mo

Monsieur Jean-Yves Empereur Monsieur Nicolas Grimal Les fouilles sous-marines du phare d'Alexandrie In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 141e année, N. 3, 1997. pp. 693- 713. Citer ce document / Cite this document : Empereur Jean-Yves, Grimal Nicolas. Les fouilles sous-marines du phare d'Alexandrie. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 141e année, N. 3, 1997. pp. 693-713. doi : 10.3406/crai.1997.15771 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1997_num_141_3_15771 COMMUNICATION LES FOUILLES SOUS-MARINES DU PHARE D'ALEXANDRIE, PAR MM. JEAN- YVES EMPEREUR ET NICOLAS GRIMAL Afin de protéger des tempêtes du nord le fort construit à la fin du XV siècle par le sultan mamelouk Qaitbay sur la presqu'île d'An- fouchy, à la pointe orientale de l'ancienne île de Pharos (fig. 1), les autorités égyptiennes ont entrepris la construction d'un brise-lames immergé à quelques dizaines de mètres en mer. Elles ont procédé, en 1994, à l'immersion d'une première série de blocs de béton, pour s'apercevoir très rapidement que ceux-ci allaient recouvrir un site antique submergé, gisant par 6 à 8 mètres de profondeur. Même si l'opinion publique l'avait oublié, la découverte de ce site datait de plus d'une trentaine d'années. Dès 1961, le plongeur égyptien Kamal Abou al-Saadat avait repéré certains des monum ents engloutis1, et Honor Frost avait été chargée en 1968 par l'UNESCO de procéder à une évaluation du site. Elle avait alors publié un premier rapport, agrémenté de quelques dessins qui fa isaient comprendre l'importance de cet ensemble2, qu'elle avait, la première, associé au Phare. Mais, malgré ces indications et celles de quelques visiteurs amateurs3, le site était resté depuis relat ivement oublié. La situation militaire de l'Egypte 1948, en effet, explique que les côtes ont été, et continuent d'être étroit ement surveillées, pour des raisons stratégiques évidentes. Cet état de fait a eu pour conséquence une interdiction générale de la plongée, sauf rares exceptions, et si le tourisme sous-marin se développe depuis quelques années en mer Rouge, il n'en va pas encore de même en Méditerranée. A l'automne 1994, le Conseil suprême des Antiquités de l'Egypte s'est donc tourné vers les équipes archéologiques opérant en Alexandrie. Franck Goddio, qui était titulaire à cette époque d'une autorisation de survey sous-marin, ayant répondu négativement 1. Sur les indications données par la grande presse, cf. Orientalia 32, 1963, p. 83 ; 33, 1964, p. 338 ; 34, 1965, p. 176. 2. H. Frost, «The Pharos Site, Alexandria, Egvpt», International Journal of Mautical Archaeology 4, 1975. p. 126-130; cf. Orientalia 39, 1970, p. 321. 3. Orientalia 49, 1980, p. 348 ; Mondo Sommerso, 1980, et Stephan A. Schwartz, Opération Alexandrie, 1985, p. 237-270. COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 694 'o Oh S o u •a C/3 FOUILLES DU PHARE D'ALEXANDRIE 695 à la demande des autorités archéologiques, le professeur Abdel- Halim Nur al-Dine, alors secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités, et M'"e Dorreya Saïd, qui était à l'époque directeur du Musée gréco-romain, ont demandé à Jean-Yves Empereur de prendre en charge les fouilles sous -marines d'urgence que récla mait la situation. Le Centre d'Etudes alexandrines a donc entrep ris, avec l'appui de l'Institut français d'Archéologie orientale, une première campagne, qui était, en quelque sorte, l'extension quasi naturelle de ses activités de sauvetage à terre, au cœur de la ville moderne d'Alexandrie'. Depuis 1994 et jusqu'à ce jour, une équipe franco -égyptienne procède à une fouille de sauvetage, sous la direction de Jean-Yves Empereur, sur ces ruines immergées, dont la situation laissait sup poser qu'elles devaient être, d'une façon ou d'une autre, associées au Phare d'Alexandrie. Les travaux, commencés avec les moyens propres du Centre d'Etudes alexandrines et de l'Institut français d'Archéologie orientale avec l'appui du ministère des Affaires étrangères, ont bénéficié, en 1995, de l'aide de la Société de pro duction Gédéon et de la Fondation-Elf, rejointe en 1996 par la Fondation -E.D. F. Les sociétés Leica et Zodiac entrent, pour leur part, dans le projet par le biais d'une aide en mécénat technolo gique. Ainsi, une fouille sous-marine de grande ampleur a pu être entreprise, totalisant, en quatre campagnes, plus de douze mois de travail sur le terrain, avec, en moyenne, une trentaine de plon geurs', français et égyptiens participant à chaque campagne. L'objectif premier de ces campagnes était de délimiter la zone archéologique et d'en préciser la nature ; on a donc entrepris une carte topographique et une documentation graphique et photo graphique de chacun des plus de 2000 blocs architecturaux gisant pêle-mêle sur un périmètre d'une surface de 2,25 ha : colonnes de toutes tailles par centaines, bases et chapiteaux, sphinx et statues, sans oublier d'immenses blocs de granit que leur position et leur taille désignent dès le départ comme des éléments probablement effondrés du célèbre Phare (fig. 2). 4. J. Leclant, G. Clerc, « Fouilles et travaux en Egypte et au Soudan, 1993-1994 », Orien- talia 64, 1995. p. 229-233. 5. Le premier rapport préliminaire a été publié clans le BCH 119, 1995, p. 424-457. Depuis, sont parus : J.-Y. Empereur, « Égvpte : Le site du Phare d'Alexandrie »,Archéologia 311, 1995. p. 30-33 ; Id., « On a retrouvé le Phare d'Alexandrie ! «.L'Histoire 187, avril 1995 ; N. Grimai, «Travaux de l'IFAO en 1994-1995: Alexandrie ». BIFAO 95. 1995. p. 594-600; J.-Y. Empereur, « Alexandria : The Underwater Site near QaitBay Fort », Egyptian Archae- logy 8. 1996, p. 7- 10 ; Id., « The Diseovery of the Pharos in Alexandria », Minerva, 7/1, 1996, p. 5-6 ; Id., « Raising Statues and Blocks from the Sea at », Egyptian Archaelogy 9. 1996, p. 19-22 ; N. Grimai, « Travaux de l'IFAO en 1995-1996 : Alexandrie », BIFAO 96, 1996, p. 544-570. ■ ,tfg- -i --,-r -.-^ mmwî FOUILLES DU PHARE D'ALEXANDRIE 697 Car c'est, bien évidemment, la première question que l'on est en droit de se poser devant cette accumulation de milliers de blocs. Parmi eux, une série de pièces de granit sortent du lot par leur taille extraordinaire : mesurant parfois plus de 11 mètres de longueur, pesant 75 tonnes chacun, cette vingtaine de blocs est disposée en une ligne qui prend son origine au pied du fort mamelouk pour s'en éloigner d'une soixantaine de mètres vers le nord-est. Certains sont brisés en deux, voire trois fragments, ce qui indique qu'ils tombés d'une certaine hauteur. Ils sont d'une taille et d'un poids sortant des normes ordinaires et dispo sés en ligne et brisés en plusieurs fragments par suite d'une chute : comment ne pas être tenté de les attribuer au célèbre Phare, lorsque l'on sait par les auteurs antiques et arabes qu'il se dressait justement à la pointe orientale de l'île de Pharosfi et que la tradition qui après tout n'est pas si vieille raconte que le sul tan Qaitbay a construit son fortin sur les ruines mêmes de cette tour ? Certes, on n'a découvert aucune trace de la statue de Zeus qui coiffait son sommet, ni de l'inscription dédicatoire de Sôstra- tos de Cnide qui viendrait heureusement confirmer cette impress ion. Mais à quel autre monument extraordinaire attribuer ces blocs qui sortent du commun ? Le fait qu'ils soient en granit rosé d'As- souan alors que Strabon rapporte que le Phare était construit en pierre blanche (en non pas en marbre, contresens bizarrement repris d'un traducteur à l'autre)7, ne paraît pas un obstacle à y reconnaître des éléments de portes, jambages, linteaux, ou d'enca drement de fenêtres du Phare, parties qui demandaient des maté riaux plus solides, étant donné leur taille. On débite plus facil ement des éléments de grandes dimensions dans le granit que dans le marbre, et le recours à ce matériau local permettait aussi de limiter les importations, tout en permettant de recourir aux tech niques traditionnelles des constructeurs égyptiens. Certes, on ne pourra jamais reconstruire le Phare à partir des seuls éléments que l'archéologie a permis de retrouver, mais on peut espérer accumuler désormais suffisamment d'indices pour donner un jour une image un peu plus précise de cette tour, en affinant et corri geant la reconstruction graphique qu'Hermann Thiersch en avait donné au début de ce siècle8. Le savant allemand a fixé pendant presque cent ans notre vision du Phare : on peut ajouter de nou veaux documents qui sont apparus après la publication de son livre : 6. Strabon. XVII, 6. 7. Id.. ibid. 8. H. Thiersch, Pharos, 1909. 698 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS nouvelles représentations antiques du Phare (mosaïques, verre, gemme, etc.) et descriptions par des auteurs qui ont visité le monument9. Ces documents ainsi que quelques enseignements provenant des fouilles actuelles tendent à montrer que cette construction était, plus que l'on ne s'y attendait, un mélange de style grec et de tradition pharaonique, illustrant bien la parti cularité et l'originalité du monde alexandrin. Les représentations des temples et des tombes pharaoniques montrent à quel degré de maîtrise les Égyptiens étaient parvenus dans le transport et l'érection des obélisques, monolithes dont les plus importants dépassent les 300 tonnes10. Grâce à ces scènes figurées, grâce à la pérennité de la technique pharaonique qui permit la construction, contemporaine d'Alexandrie, des magnif iques temples ptolémaïques de Haute-Egypte, et sans doute aussi grâce aux vastes campagnes de traduction en grec des textes égyp tiens à partir de Ptolémée II, voire dès le règne de son père", les ingénieurs grecs font leur profit de cette expérience et les traités de sciences appliquées, notamment de mécanique, se multiplient dans les milieux alexandrins. Cette tour est vraisemb
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