Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l'aide alimentaire - Etude Abena, 2004-2005 : rapport de l'étude épidémiologique

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Ce rapport présente les résultats du volet épidémiologique de l'étude Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l'aide alimentaire (Étude Abena) réalisée par l'Usen en 2004-2005. Elle a été conduite dans quatre zones urbaines (Paris, Seine-St-Denis, Dijon, Marseille) dans des structures distributrices d'aide alimentaire tirées au sort. Il était proposé aux personnes, sélectionnées aléatoirement dans les structures, de répondre à un questionnaire. En complément, elles avaient la possibilité de se rendre dans un centre d'examen de santé de l'Assurance maladie (CnamTS) pour réaliser le volet clinique et biologique de l'étude. Cette étude dresse un état des lieux de la situation sanitaire des catégories sociales ayant recours à l'aide alimentaire.
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01 novembre 2007

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Maladies chroniques et traumatismes
Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire Étude Abena, 2004-2005 Rapport de l’étude épidémiologique
Sommaire
1. Introduction 1.1 Connaissances sur la situation alimentaire et nutritionnelle des personnes de faible statut socio-économique 1.1.1 Consommations alimentaires des adultes de faible statut socio-économique 1.1.2 Apports en nutriments des adultes de faible statut socio-économique 1.1.3 Les facteurs déterminants des comportements alimentaires 1.1.4 Indice de masse corporelle et insécurité alimentaire 1.1.5 Conclusion 1.2 Contexte de l’étude Abena 1.2.1 Importance de l’aide alimentaire en France 1.2.2 Le Programme national nutrition santé (PNNS) 1.2.3 Le Plan alimentation et insertion et la demande des structures d’aide 1.3 Objectifs de l’étude Abena
2. Méthodes 2.1 Zones et période d’étude
2.2 Population cible et nombre de sujets nécessaire 2.3 Échantillonnage
2.4 Données recueillies
2.4.1 Questionnaire dans les structures d’aide alimentaire 2.4.2 Examen clinique et biologique 2.5 Analyses des données
3
3 3 4 4 4 4 4 5 5 5 5 6 6 6 6 6 6 7 7
3. Résultats 9 3.1 Structures enquêtées 9 3.1.1 Nombre de structures enquêtées et causes de refus ou exclusion 9 3.1.2 Caractéristiques des structures sélectionnées 9 3.2 Acceptabilité de l’étude 11 3.2.1 Participation à la partie questionnaire 11 3.2.2 Participation à l’examen clinique et biologique 13 3.3 Description des caractéristiques sociodémographiques des sujets inclus 15 3.3.1 Caractéristiques démographiques des sujets inclus 15
3.3.2 Environnement familial et social 15 3.3.3 Niveau d’éducation, emploi et revenus 16 3.3.4 Caractéristiques sociodémographiques selon le type de structure 18 3.4 Approvisionnements alimentaires et recours à l’aide alimentaire 18 3.4.1 Sources d’approvisionnement et ressources alimentaires 18 3.4.2 Place de l’aide alimentaire 19 3.4.3 Vision de l’aide alimentaire 21 3.5 Description des données de consommations alimentaires 22 3.5.1 Budget alimentaire 22 3.5.2 Prises alimentaires 22 3.5.3 Fréquences de consommation des groupes d’aliments 22 3.5.4 Caractéristiques des personnes en fonction de leurs consommations alimentaires 24 3.6 Caractéristiques sociodémographiques et consommations alimentaires selon la présence d’enfants dans le foyer 27 3.7 Description de l’état de santé 27 3.7.1 Santé perçue et accès à des soins de santé 27 3.7.2 Activité physique et sédentarité 27 3.7.3 Tabagisme 27 3.8 Description des données cliniques et biologiques 28 3.8.1 Corpulence et hypertension artérielle 28 3.8.2 Description des caractéristiques sociodémographiques des sujets en fonction de leurs caractéristiques paramédicales 29 3.8.3 Marqueurs biologiques de l’état nutritionnel 30 3.8.4 Marqueurs biologiques nutritionnels et caractéristiques sociodémographiques 32
4. Discussion 34 4.1 Représentativité de l’échantillon 34 4.2 Caractéristiques sociodémographiques 34 4.3 Comportements et consommations alimentaires 35 4.4 État nutritionnel 36 5. Conclusion 39 6. Références 40 7. Annexes 42
Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire - Rapport de l’étude épidémiologique— Institut de veille sanitaire
Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire
Étude Abena, 2004-2005
Rapport de l’étude épidémiologique
Équipe de projet Cette étude a été réalisée par l’Unité de surveillance et d’épidémiologie nutritionnelle (Usen), unité mixte de l’Institut de veille sanitaire (InVS), de l’Université de Paris 13 et du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam).
Protocole : Constance Bellin-Lestienne, Katia Castetbon, Nicole Darmon, Serge Hercberg. Réalisation pratique et monitorage : Constance Bellin-Lestienne, Amivi Noukpoapé, Valérie Deschamps. Médecins : Chantal Piermont, Sébastien Czernichow. Diététiciennes : Florence Saccoccio, Delphine Rome, Marlène Lucq, Bilitis Faucheux, Ariane Aubert, Tania Pacheff. Analyses statistiques : Constance Bellin-Lestienne, Valérie Deschamps, Katia Castetbon. Rédaction : Constance Bellin-Lestienne, Katia Castetbon. Volet anthropologique : Christine César. La réalisation pratique de l’étude a bénéficié de la contribution des services administratifs et logistiques de l’Istna (Cnam) : Marie Ajanohun, Claire Franchisseur, Maïté Jacquet, Vanessa Lee, Joseph Salomon.
Les examens de santé ont été réalisés par : le Centre d’examens de santé de l’Adulte de Paris : Dr Varsat, Dr Delord ; le Centre d’examens de santé de Dijon : Dr Rohmer, Mme Brayer ; le Centre d’examens de santé de l’Assurance maladie de Marseille : Dr Didelot ; le Centre de prévention sanitaire et sociale de Bobigny : Dr Le Clésiau, K. Soufi, C. Larroque.
Les analyses biologiques ont été réalisées par : le laboratoire de biologie médicale des CES de Paris : Dr Gabai ; le laboratoire du Centre d’examens de santé de Dijon : Melle Gaillard ; le Laboratoire Bonhoure : B. Bonhoure ; l’UMR 476-Inserm/1260-Inra de la faculté de médecine de Marseille : J. Karsenty, D. Lairon.
Les analyses vitaminiques et minérales ont été réalisées par : les laboratoires de : A. Favier, H. Faure et J.-C Renversez à l’Hôpital du Bocage à Grenoble, et de J.-C Guilland au CHU de Dijon.
Membres du comité de suivi J. Bloch (InVS/DMCT), G. Brücker (InVS), F. Caillavet (Inra), K. Castetbon (InVS/Usen), M. Chauliac (DGS), G. Claudel (CPAM 94), S. Clément (CNRS), N. Darmon (Inserm), C. Delamaire (Inpes), G. Delord (CPAM Paris), V. Deschamps (InVS/Usen), R. Didelot (CPAM Bouches-du-Rhône), A. Fillion (CPAM 94), S. Hercberg (Usen), S. Henriquez (Secours Populaire Français), C. Lambert-Heduy (UNCCAS), A. Leclerc (Inserm), H. Le Clésiau (CPAM Seine-St-Denis), N. Le Dorze (Restos du Cœur), S. Leiser (CnamTS), C. Lestienne (InVS/Usen), F. Molliex (Secours Catholique), A. Noukpoapé (InVS/Usen), R. Olivier (Secours Populaire Français), M. Paindorge (Croix Rouge Française), C. de Peretti (Drees), H. Pillot (secrétariat d’État à la Lutte contre la Précarité et l’Exclusion), P. de Poret (Fédération française des banques alimentaires), J.-P Poulain (Université de Toulouse), J.-F Rhomer (CPAM Côte d’Or), M.-J Rozières (Fédération française des banques alimentaires), A. Spira (Secours Populaire Français), J. Steinmetz (CETAF), M. Storogenko (DGAS), B. Varsat (CPAM Paris).
Institut de veille sanitaire —Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire - Rapport de l’étude épidémiologique/ p. 1
Remerciements
À l’ensemble des membres du comité de suivi.
Aux structures distributrices d’aide alimentaire dans lesquelles l’étude s’est déroulée : e Secours Catholique (Montreuil-sous-Bois, Aulnay-sous-Bois), Sol en Si (Bobigny), Secours Populaire (Stains, Villetaneuse, Dijon, Paris 18 , Marseille 5e), Restaurants du Cœur (Drancy, Pantin, Bondy, Aubervilliers, Dijon, Paris 19e, Paris 20e, Marseille 3e, Marseille 11e), l’AMIE (Clichy sous bois), Paroisse Sainte-Bernadette (Dijon), Équipe Saint-Vincent-de-Paul (Paris 15e), Croix Rouge (Dijon), Montparnasse Rencontre (Paris 14e), Relais Ozanam (Paris 12eet mission du tabernacle (Paris 18), Église e), La Courte Échelle (Paris 18eet 19e), La Halte des Hommes Paris Lyon (Paris 12e), Foyer de La Trinité (Marseille 6e), Fontaine Saint Vincent (Marseille 6e), Centre d’accueil social israélite de Marseille (Marseille 6e), Hospitalité pour femmes (Marseille 3e), "Le TIPI" (Marseille 1er).
À la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CnamTS) et au Centre technique d’appui et de formation des Centres d’examens de santé (Cetaf).
Aux personnes ayant relu ce rapport : Dr C. de Peretti et Dr J. Bloch (DMCT/InVS).
Citation du rapport
C. Bellin-Lestienne, V. Deschamps, A. Noukpoapé, S. Hercberg, K. Castetbon. Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire - Étude Abena, 2004–2005. Institut de veille sanitaire, Université de Paris 13, Conservatoire national des arts et métiers. Saint-Maurice, 2007. 74 pages.
p. 2 /Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire - Rapport de l’étude épidémiologique— Institut de veille sanitaire
1. Introduction
Les populations défavorisées d’un point de vue économique connaissent, dans leur vie quotidienne, de multiples difficultés pour répondre à leurs besoins élémentaires tels que le logement ou les soins de santé. L’accès à une alimentation suffisante et adéquate d’un point de vue qualitatif, est l’un des obstacles auxquels elles doivent faire face. Dans les pays en développement, cette situation a été décrite depuis de nombreuses années, avec l’observation de carences nutritionnelles profondes, en situation notamment de disettes alimentaires ; en revanche, dans les pays développés, cette question fait l’objet de recherches relativement récentes. En effet, dans ces pays, après des décennies voyant une amélioration de l’accès à l’alimentation pour l’ensemble des groupes socio-économiques de populations, il a été observé dans les groupes les plus défavorisés, des consommations alimentaires inférieures aux recommandations pour certains groupes d’aliments, alors que d’autres, plus accessibles économiquement, semblent favorisés. 1.1 Connaissances sur la situation alimentaire et nutritionnelle des personnes de faible statut socio-économique
Les consommations alimentaires des populations défavorisées des pays développés ont fait l’objet d’analyses à partir de données recueillies en population générale. La limite de cette approche est que les populations défavorisées sont en général peu représentées dans ce type d’études (en raison des modes de recrutement, des contraintes liées à l’étude (manipulation de l’écrit par exemple) et éventuellement d’une moindre disponibilité pour participer à des études de santé publique), ce qui implique un raisonnement par extrapolation pour décrire leur situation. Les études incluant spécifiquement des personnes de faible statut socio-économique comme celles recourant aux programmes d’aide sociale ou plus spécifiquement alimentaire (Programme WIC aux États-Unis par exemple) présentent l’avantage d’une bonne représentation des populations cibles, néanmoins partielle (toutes les personnes ayant des difficultés économiques ne participent pas à ce type de programmes), et rendent complexes les comparaisons avec les personnes ne connaissant pas ce type de difficultés, sauf à utiliser des méthodes de recueil de données alimentaires strictement comparables.
Par ailleurs, à défaut de disposer d’un indicateur socio-économique synthétique et adapté aux comparaisons internationales, les études disponibles apprécient le statut socio-économique selon la catégorie socioprofessionnelle, le niveau de ressources financières, ou encore le niveau d’éducation. Il est aisé de comprendre alors les difficultés rencontrées pour comparer les observations des études entre elles, notamment lorsqu’elles sont discordantes, ces caractéristiques n’ayant pas forcément les mêmes implications dans l’accès à l’alimentation selon les pays. Enfin, les consommations alimentaires sont décrites selon des méthodes variables, allant de l’enquête budgétaire des dépenses alimentaires jusqu’au recueil individuel des consommations alimentaires par des méthodes validées (rappels de 24 heures, questionnaires de fréquence, etc.). Les dimensions alors observées sont quelque peu différentes, collectives (foyer) ou individuelles par exemple, ce qui rend à nouveau les comparaisons sujettes à des restrictions méthodologiques. Ces limites étant posées, des tendances
semblables se dégagent cependant, quels que soient les indicateurs retenus et les méthodes employées. 1.1.1 Consommations alimentaires des adultes de faible statut socio-économique Les consommations alimentaires des populations les plus pauvres sont généralement marquées par des apports plus faibles en fruits et légumes, fromages et poissons par rapport à celles les plus aisées. Une étude irlandaise [1] a, par exemple, mis en évidence, par une analyse originale, combien le niveau de qualification de la profession exercée et le niveau éducatif étaient associés au respect des recommandations nutritionnelles : dans les milieux les plus défavorisés, il a été observé des fréquences de personnes en adéquation avec les recommandations moindres pour les principaux groupes d’aliments, à savoir les fruits et légumes, les produits laitiers et les viandes, poissons et œufs, notamment chez les femmes. Pour les autres groupes d’aliments, les conclusions sont moins claires, en raison de résultats discordants ou de la difficulté à distinguer, au sein d’un groupe d’aliments, des catégories d’aliments qui seraient plus ou moins accessibles aux populations de faible niveau socio-économique [2]. Ce constat est vrai en particulier pour les graisses, les produits sucrés ou les boissons. Une méta-analyse portant sur les études publiées dans sept pays européens [3] a montré que les personnes de plus faible statut éducatif consommaient, en moyenne, 24,3 g par jour chez les hommes et 33,6 g par jour chez les femmes, de fruits en moins que chez ceux de niveau éducatif le plus élevé. Une même tendance a été observée pour les légumes d’une part, et en prenant en compte la profession exercée, d’autre part. S’agissant de valeurs moyennes et compte tenu du fait que les apports en fruits et légumes sont généralement assez faibles (par exemple, une étude européenne conduite dans neuf pays [4] a montré, qu’en 2003, seul un quart des mères d’enfants de 11 ans de tout niveau socio-économique en consommait au moins 400 g par jour (recommandation internationale)), ces différences marquent un accès plus faible des populations défavorisées à ce type d’aliments. Bien que le gradient nord-sud européen semble s’atténuer [5] avec, antérieurement, des consommations de fruits et légumes traditionnellement plus élevées dans les pays méditerranéens, il convient cependant de noter que ces différences sont à modérer dans ces pays, par ailleurs plus forts consommateurs de fruits et légumes et dans lesquels des différences inverses sont observées [6]. Concernant les produits laitiers, si les consommations de lait liquide ne semblent pas être différentes selon le niveau socio-économique, elles semblent discriminantes pour le fromage. En moyenne, les femmes exerçant des professions considérées de faible niveau socio-économique consommaient, selon les études conduites entre 1985 et 1999 dans neuf pays européens, 5,1 g par jour de moins que celles de professions de plus haut niveau. Chez les hommes, cette différence était estimée à 4,6 g par jour [7]. Cette observation n’amène cependant pas à considérer qu’il s’agit là d’un déficit d’apport réel, la consommation de fromages n’étant pas perse indispensable à la bonne qualité de l’alimentation. Les données françaises confirment cette tendance générale puisque les familles de faible statut socio-
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économique (quartile de revenu le plus faible) achètent 5 kg/personne/ an de fromage en moins que le reste de la population, même si certains fromages tels que le bleu d’Auvergne, le Camembert et l’Emmental, sont surconsommés par ces familles [2]. D’une façon générale, la qualité globale de l’alimentation se trouve affectée par les consommations plus ou moins élevées de ces groupes d’aliments [8-10] avec une alimentation généralement moins favorable à la santé dans les populations de faible statut socio-économique [11]. 1.1.2 Apports en nutriments des adultes de faible statut socio-économique
Les études portant sur les apports en énergie et/ou en macronutriments dans les populations défavorisées ne permettent pas de dégager de tendance générale, contrairement à ce qui est observé pour les groupes d’aliments. Par exemple, concernant les apports énergétiques, certaines études ont montré des apports énergétiques moyens plus élevés [12;13] ou comparables à ceux en population générale [14-16]. Ces discordances apparentes sont à mettre en relation en partie avec la diversité des méthodologies employées, tant dans le recueil des données que dans leur analyse, comme évoqué précédemment. Il est possible également, qu’au final, les apports énergétiques soient comparables lorsqu’ils sont mesurés en "moyenne", sans prise en compte possible des excès alimentaires ponctuels [17,18]. Concernant les micronutriments, les spécificités des populations défavorisées apparaissent plus nettement. Les apports en vitamines ou minéraux, qu’ils soient considérés en valeur absolue ou relative (avec ajustement sur les apports énergétiques), sont systématiquement plus faibles dans les populations de faible statut socio-économique [13-15,19,20]. Ce constat est à mettre en relation en grande partie avec la faible consommation de fruits et légumes déjà évoquée plus haut.
1.1.3 Les facteurs déterminants des comportements alimentaires
Les mécanismes par lesquels les populations défavorisées seraient amenées à consommer de façon moins fréquente les groupes d’aliments décrits ci-dessus peuvent être envisagés notamment d’après des études qualitatives et économiques. Les difficultés d’accès semblent prévaloir, avec essentiellement le coût élevé de ces aliments, qu’il soit appréhendé de façon "brute" par les personnes elles-mêmes [21] ou relativement à leur valeur calorique [22]. En effet, les études analysant le coût de la qualité nutritionnelle des aliments ont permis de mettre en évidence que les aliments de plus bas coûts étaient ceux de densité énergétique élevée, mais de densité nutritionnelle faible (c’est-à-dire essentiellement apportant peu de micronutriments) [23]. Les fruits et légumes constituent l’exemple typique d’aliments de faible densité énergétique et de densité nutritionnelle élevée. Par ailleurs, l’accès physique à des aliments de bonne qualité nutritionnelle semble également impliqué, avec notamment la proximité des magasins fournissant ce type de produits, pour un coût raisonnable [24-26]. L’importance des connaissances est probablement à relativiser : si des auteurs en défendent le caractère primordial [27;28] et que l’information nutritionnelle doit être soutenue, il est marquant de constater que dès qu’un accès financier à des aliments
de meilleure qualité nutritionnelle est donné aux personnes les plus en difficulté économique, elles se tournent alors vers une alimentation qui se rapproche de celle observée en population générale. Ce constat souligne que les éléments de contrainte financière et d’accessibilité semblent prédominer dans les consommations alimentaires observées. Enfin, il ne faut cependant pas négliger l’impact que peuvent avoir les difficultés psychologiques et physiques (liées à un état de santé altéré), mais aussi pratiques des populations défavorisées sur les comportements alimentaires [29]. Elles peuvent, en effet, les conduire à déstructurer leurs prises alimentaires, à se tourner vers des aliments qui se conservent ou se préparent facilement tout en n’ayant pas les moyens de se procurer des aliments frais, mais aussi à rechercher des aliments apportant une satisfaction sensorielle grâce à leur palatabilité (qui sont aussi souvent des aliments gras par exemple).
1.1.4 Indice de masse corporelle et insécurité alimentaire Plusieurs études menées à l’étranger ont mis en évidence la coexistence d’une prévalence plus élevée, non seulement d’obésité mais aussi de dénutrition (déficit pondéral) dans des populations pauvres [30] ou en situation d’insécurité alimentaire (impossibilité de se procurer de la nourriture par des moyens socialement acceptables [31;32]), chez l’enfant comme chez l’adulte. Notamment, une insécurité alimentaire modérée serait associée à une plus forte prévalence d’obésité, tandis qu’une insécurité alimentaire sévère serait associée à une plus forte prévalence de déficit pondéral [31;32]. Ceci est en accord avec les travaux de Basiotis aux États-Unis, qui montrent qu’une insécurité alimentaire modérée est associée à une diminution de la qualité alimentaire (les apports énergétiques étant maintenus constants), alors que les apports énergétiques sont diminués en quantité lorsque l’insécurité est importante [33].
1.1.5 Conclusion
Il existe peu d’études sur l’alimentation et la nutrition des personnes précaires en France ; une synthèse de celles-ci a été proposée en 2003 [29]. Celles qui ont été réalisées auprès de ces populations montrent que les personnes de plus faible statut socio-économique ont des comportements alimentaires plus défavorables à la santé que ceux de la population générale. Ces comportements se traduisent par des apports en micronutriments faibles par rapport aux recommandations. Plusieurs facteurs déterminants des comportements alimentaires des personnes précaires peuvent être cités comme l’accès à la nourriture, l’insuffisance et l’irrégularité des revenus. Ces facteurs permettraient d’expliquer en partie les prévalences élevées et concomitantes d’obésité et de dénutrition dans les populations de plus faible statut socio-économique. 1.2 Contexte de l’étude Abena Une saisine du 4 juin 2003 du secrétariat d’État à la Lutte contre l’Exclusion et la Précarité a demandé à l’InVS de conduire une étude portant sur la situation nutritionnelle des personnes recourant à l’aide alimentaire. Par ailleurs, les structures d’aide alimentaire ont exprimé leur besoin de mieux connaître leurs bénéficiaires, afin d’adapter leur organisation et les aliments distribués. Parallèlement, étant donné les difficultés de recrutement que représenterait une étude sur l’ensemble de la population vivant sous le seuil de pauvreté, ainsi que l’existence antérieure d’études décrivant la population sans domicile fixe et ses
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contraintes alimentaires, il a été décidé, dans le cadre de l’étude Abena, de s’intéresser à la population ayant recours à l’aide alimentaire en dehors des centres d’hébergement.
nationales et absentes des enquêtes spécifiques jusqu’à maintenant. Dans un premier temps, il a été décidé de s’intéresser aux personnes ayant recours à l’aide alimentaire, suite notamment à la saisine du secrétariat d’État à la Lutte contre l’Exclusion et la Précarité.
1.2.1 Importance de l’aide alimentaire en France 1.2.3 Le Plan alimentation et insertion et la demande des structures d’aide Selon l’Insee, en 2005, près de 1,7 million de ménages vivait sous le seuil de pauvreté (50 % du revenu médian), soit plus de 3,7 millions de En 2003, le Plan alimentation et insertion (PAI) lancé par le secrétariat personnes concernées. Selon le seuil fixé à 60 % du revenu médian, ce d’État à la Lutte contre l’Exclusion et la Précarité a permis la mise en sont plus de 7 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. En place de différentes actions pour promouvoir des conseils nutritionnels outre, 3,5 millions étaient allocataires des minima sociaux. Le nombre par l’intermédiaire des bénévoles œuvrant dans les associations d’aide de personnes allocataires du revenu minimum d’insertion (RMI) est alimentaire. Au cours des différentes réunions de réflexion du PAI, passé de près de 400 000 en 1990 à environ 1,1 million en 2005 et les structures qui distribuent de l’aide alimentaire ont émis leur désir continue d’augmenter. Pour faire face à leurs difficultés financières, de mieux connaître les personnes fréquentant les centres d’aide de nombreuses personnes ont ainsi recours à l’aide alimentaire. alimentaire et leurs besoins, pour adapter l’aide alimentaire fournie.
Le nombre de personnes accueillies par les structures d’aide reste Ces deux volontés se sont donc rejointes dans la mise en place d’une méconnu, bien que ces dernières s’accordent à dire que le nombre de étude sur l’alimentation et l’état nutritionnel des bénéficiaires de demande d’aide alimentaire est croissant, les structures ne pouvant l’aide alimentaire (étude Abena). Cette étude, en plus de fournir des pas toujours faire face à cette augmentation. Ainsi, le nombre de informations sur l’état actuel de l’alimentation des bénéficiaires de l’aide repas servis par les structures rattachées à la Fédération française alimentaire, permettra, en étant renouvelée dans quelques années, des banques alimentaires (FFBA) est passé de 121 millions en 2002 de décrire les éventuelles évolutions du profil sociodémographique à 131 millions en 2003. De la même manière, le nombre de repas des personnes recourant à l’aide alimentaire. Les effets possibles de servis par les Restaurants du Cœur est passé de 8,5 millions en 1985 différentes actions mises en place par les centres de distribution d’aide à 66,5 millions en 2004. alimentaire pourront également être décrits. 1.3 Objectifs de l’étude Abena 1.2.2 Le Programme national nutrition santé (PNNS)L’étude Abena avait pour objectif principal de décrire la consommation alimentaire et l’état nutritionnel de personnes ayant recours à l’aide Le PNNS, mis en place depuis 2001 par le ministère de la Santé, alimentaire dans quatre zones urbaines françaises en 2004-2005. comprend dans ses objectifs spécifiques la réduction des déficits en vitamines et minéraux dans les populations en situation de précarité. L’objectif spécifique de cette étude était de décrire ces personnes Celles-ci semblent de plus particulièrement touchées par l’obésité. Une d’un point de vue sociodémographique et sociologique. Le volet des missions de l’Unité de surveillance et d’épidémiologie nutritionnelle sociologique de l’étude fait l’objet d’une analyse et d’un rapport à (Usen) est l’évaluation des objectifs du PNNS. Pour mettre en place des part entière. mesures d’amélioration de l’état nutritionnel des personnes précaires qui soient adaptées à leurs besoins et pour évaluer ces mesures, il Cette étude a été financée par l’InVS. Un comité de suivi, associant est nécessaire de connaître le statut nutritionnel des personnes épidémiologistes, chercheurs en sciences sociales, représentants de précaires. Devant le peu d’informations disponibles, il est apparu l’État et d’associations a été mis en place pour son élaboration, le suivi nécessaire d’effectuer une enquête auprès des personnes précaires, de son déroulement et l’interprétation de ses résultats. ces populations étant en effet sous-représentées dans les enquêtes
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