Au-delà de la mémoire, il y a l’espoir que tout recommence…
Cinq ans plus tard.
Le Pacte semble loin derrière.
Étrangement, malgré cette promesse d’amour éternel, rien ne s’est passé comme prévu.
Galaan n’est pas kinésithérapeute à l’hôpital de Lannion, mais bien vendeur de bateaux au sein de l’entreprise de son grand-père.
Ni père de famille vivant son amour au quotidien avec Gen, mais bien père célibataire.
Alors que s’est-il passé ?
Qu’est-ce qui a tout fait chavirer ?
Et s’il restait une dernière quête à accomplir ?
3 ans plus tard… 2 Départ « Ses paupières sont gonflées, le blanc de ses yeux est strié de rouge. Il ne peut plus dormir, il ne peut plus pleurer, il ne peut pas oublier, c'est impossible... »René Barjavel Vendredi 8 mai 2015, 20h12,Centre culturel Le Sémaphore, Trébeurden, Bretagne, France — Michael Jackson …— Chuut !Gauvain se rapproche de l’oreille de Galaan et annonce à voix basse :— Michael Jackson est mort.Haussement d’épaules désinvolte.— Et c’est tout ce que ça te fait ?Balancement de tête. Quand enfin Galaan daigne se retourner vers son cousin, il lui rétorque :— Ça fait un peu 7 ans que le mec est canné. J’ai eu le temps de m’en remettre, tu vois ?— Je vois. N’empêche que quand Lily l’a appris ce matin, elle s’est effondrée. Limite dévastée. Tu vois ?— Rappelle-moi l’âge de ta fille ?— Bientôt 5 ans.— Voilà. Bientôt 5 ans. Et elle s’est effondrée… — Non ! Pas juste effondrée. Dé-vas-tée !Nouveau haussement d’épaules.— Ah oui. Carrément, rétorque l’autre toujours aussi impassible.— Tu m’ôtes les mots de la bouche, mec !Décidément, les tentatives de son cousin pour le faire sourire sont désarmantes. Et comme toujours, Gauvain parvient à lui arracher une ébauche d’amusement. — Comment tu te sens ? Prêt à grimper sur scène ?— Ça allait… jusqu’à ce que tu m’annonces la mort de Michael Jackson. Suis tout retourné, maintenant. Limite dévasté, tu vois ?— Petit con.Les deux hommes se dévisagent, tout sourire, jusqu’à ce que leurs expressions se fassent plus graves et que Gauvain décèle une vive anxiété chez Galaan.— J’ai la trouille, confesse celui-ci.— Je sais. — Ça fait trois ans. Trois ans que je n’ai plus…— Je sais. Mais chanter, la scène, tout ça… c’est comme la bécane : ça s’oublie pas, mec. — Alors j’espère ne pas me prendre de gamelle. Il y a du peuple, ce soir.— De fait. Il y a du peuple. Tous venus pour toi.— Non. Pour nous.— Ok. Pour nous. Mais t’es un champion, OK ? Donc, tu vas y arriver tranquilou bilou ? Tu vas tout déchirer. Et puis, je vous rejoins vite.Gauvain assène une bourrade fraternelle sur l’épaule de Galaan puis le pousse au-devant de la scène où a déjà débuté la reprise de Perfect Life de Steven Wilson.— Allez, mec ! Valentine va s’impatienter.L’autre se contente d’acquiescer mollement et, le corps tendu par l’appréhension, sa main droite abandonnant son alliance qu’elle tournait frénétiquement comme chaque fois qu’il est en proie à l’anxiété, avance lentement à travers la pénombre, droit en direction du public. Ce n’est qu’une fois le micro atteint et sa présence auréolée par un projecteur, qu’il entonne sa partie.— We have got the perfect life[1].Une vie parfaite…Comme celle d’avant.Avant tout cela…À présent, il se tient debout aux côtés de Valentine, sa partenaire de scène. Ses yeux parcourant la salle, bien remplie pour l’occasion. Ses mains se cramponnant presque désespérément au micro tel un point d’ancrage. Des trémolos ténus dans la voix et heureusement imperceptibles, il accorde ses paroles sur le rythme lent de la chanson, répétant inlassablement le refrain. Jusqu’à ce que son regard interrompe son errance sur un des sièges du premier rang. Celui sur lequel elle se serait installée pour mieux l’observer, le scruter, les yeux débordant de cette admiration démesurée qu’elle lui portait lorsqu’il se mettait à chanter ou à jouer.Fin du morceau.Applaudissements.Derrière lui, tandis que Galaan se munit de sa vieille Fender noire, Gauvain s’empare à son tour du micro. Ce qui ne manque pas de lui procurer un immense soulagement.Gauvain… Ce fidèle allié qui n’a cessé de l’épauler, de le soutenir comme jamais durant cette épreuve. Et à cette occasion, ce soir, côte à côte, sur scène, comme autrefois. Pour une nouvelle saison. Un nouveau répertoire. De nouvelles reprises… Oui. Que des reprises. Aucune fabrication maison. Aucune composition made in Galaan… Plus aucune, en fait, n’ayant abouti depuis ce fameux jour.Trois ans.Déjà…Premières notes articulées par la Fender, accompagnées ensuite par le timbre rauque de Gauvain, assurées lors du refrain par ceux clairs et distincts de Valentine et Galaan. Progressivement, ce dernier discerne la magie de la musique opérer sur son inconscient…Cette fois, à n’en pas douter, il est prêt pour le voyage ! [1] Steven Wilson, Perfect Life, Hand. Cannot. Erase, 2015, Kscope