LE POINT DE VUE DE D’ATHENA J’ai dix-huit ans. L’âge où l’on croit encore que le monde est simple, que les bonnes décisions existent, que le cœur écoute la raison quand il le faut. J’ai toujours été sage. Discrète. Silencieuse. La fille qui observe au lieu d’agir, qui lit au lieu de vivre, qui se cache derrière des pages pour ne pas être vue. Et puis il est apparu. Il n’était pas censé me troubler. Pas censé me regarder comme ça. Encore moins prononcer mon prénom comme s’il lui appartenait déjà. Quand ses yeux se posent sur moi, je ne suis plus sûre de rien. Ni de ce que je ressens. Ni de ce que je veux. Ni de ce que je suis prête à perdre. Je sais que c’est mal. Je sais qu’il est trop âgé, trop sûr de lui, trop dangereux pour une fille comme moi. Je sais que je devrais détourner le regard, faire semblant de ne rien ressentir. Mais mon cœur ne m’écoute plus. Il bat trop vite quand il est là. Il se tait quand il s’éloigne. Et il me trahit chaque fois que je pense à lui. Je n’ai jamais voulu tomber. Je n’ai jamais voulu être vue. Et pourtant… Je crois que je suis déjà à sa merci. LE POINT DE VUE DE VINCENZO Avant elle, tout était à sa place. Le pouvoir. L’argent. Le contrôle. Je n’ai jamais manqué de rien. Les femmes venaient à moi sans que j’aie à les appeler. Les hommes me respectaient, ou me craignaient souvent les deux. Ma vie était exactement comme je l’avais construite. Jusqu’à ce que je la voie. Athena. Elle ne le sait pas encore, mais elle a bouleversé quelque chose en moi. Un vide que je n’avais jamais reconnu. Un besoin que je n’avais jamais ressenti. Elle est différente. Trop douce pour ce monde. Trop innocente pour comprendre ce qu’elle éveille. Quand elle baisse les yeux, j’ai envie de les relever moi-même. Quand elle doute, j’ai envie de décider pour elle. Quand elle me regarde, j’ai envie qu’elle ne regarde plus jamais personne d’autre. Je sais que je ne devrais pas. Je sais que c’est interdit. Je sais que je franchis une ligne que je n’ai jamais franchie auparavant. Mais je n’ai jamais été un homme qui recule. Elle est devenue une obsession silencieuse. Une tentation constante. Un danger délicieux. Athena pense encore qu’elle peut contrôler ce qu’elle ressent. Elle pense que sa sagesse la protégera. Elle se trompe. Parce qu’une fois que je désire quelque chose… Je ne lâche jamais. Et elle n’a aucune idée de ce qu’elle vient d’éveiller.