Tu ne choisis pas l’enfer. L’enfer te choisit. LÉANDRA (intérieurement) Je n’ai jamais cru aux monstres. Pas jusqu’à ce que l’un d’eux prononce mon nom avec un calme glacial, dans un restaurant où même l’odeur du café s’est figée de peur. Je pensais avoir touché le fond de l’horreur. Ma mère m’a brisée. Mon père m’a abandonnée. La rue m’a façonnée. Mais lui… Lui, il m’a regardée comme s’il possédait déjà mon souffle. Comme si, d’un seul geste, il pouvait faire disparaître tout ce que j’étais. Et il l’a fait. Il ne m’a pas crié dessus. Il ne m’a pas frappée. Il ne m’a même pas menacée. Il a juste murmuré mon nom et glissé une enveloppe noire contre ma poitrine, comme une lame douce et tranchante. « Tu as vingt-quatre heures. » À ce moment précis, j’ai su que je venais de signer un pacte avec le diable. Que peu importe ce que contenait cette enveloppe, je ne pourrais pas refuser. Parce que quand l’héritier du Souverain Noir te choisit… tu ne fuis pas. Tu tombes à genoux. Ou tu meurs. ALEXIUS (intérieurement) J’aurais pu choisir n’importe quelle femme. Des dizaines de jolies visages, alignés dans un dossier. Des blondes aux sourires vides. Des brunes au regard calculateur. Mais c’est elle que j’ai vue. Dans un cimetière. Seule. Debout devant une tombe, les bras croisés, les yeux perdus entre douleur et liberté. Elle ne pleurait pas. Elle survivait. Et c’est tout ce dont j’ai besoin. Pas d’amour. Pas d’âme sœur. Juste une épouse. Un pion. Une ombre à mon bras pour calmer les vieux lions qui entourent la table du pouvoir. Je ne lui offre pas un conte de fées. Je lui offre une cage dorée. Une bague sertie d’obligations, et un lit qui brûle plus qu’il ne réchauffe. Elle ne m’appartiendra pas par désir. Elle m’appartiendra par devoir. LÉANDRA (intérieurement) Il veut un nom. Il aura ma peur. Il veut une épouse. Il aura ma haine. Mais il ne sait pas encore… … que l’enfer qu’il croit me faire découvrir est celui que je porte déjà depuis l’enfance.