La traversée d’une pièce sur le point d’un départ réitéré. Comme d’une géographie précisément bousculée. Avec comme unique impulsion une phrase qui dit à la fois la porte et le palier, l’insoluble traversée d’une limite sans cesse dénoncée et qui fait se décliner le verbe être avec une brutalité qui appartient à son secret – à son rejet apparent. Laisse: si c’est une photographie elle n’est documentaire que par sursis, par l’épuisement qui fait se refondre les murs d’une ville à leur seule idée.
« Ce livre aura eu trois temps, au moins. Sa première écriture remonte à 2006. Elle a fait le relais entre deux corps, morts, dont ni l’un ni l’autre n’a été enterré. Il faut entendre dans ce mot deux, un chiffre indéfini, qui se recompose sans répit, un lieu ne se limitant ni à la dune,
ni au froid de novembre, c’est-à-dire, sans géographie précise, loin d’une idée de recueillement : un chiffre brisé. L’écriture suivante aura eu lieu à l’ombre du Morne Larcher, une sorte de maraude, disons, de sa propre conscription. La traversée d’après, discontinue, et aux innombrables itinéraires, s’est faite dans le voisinage du 29, et plus haut, dans l’avenue Junot, en face du café Marcel où nous avons été à pied dans l’impossibilité de se voir. Il ne sert à rien de dire des noms de mois, ni de personnes, car l’évidence repose justement sur ce qui échappe à la documentation. Il me reste à dire le mot de photographie, qui doit son ahurissement au cheval. C’est cela qu’il me reste de ce livre dont la pellicule se recouvre d’une poussière de guerre. »