-
23
pages
-
Français
-
Documents
-
2007
Description
Revue internationale de droit comparé - Année 2007 - Volume 59 - Numéro 4 - Pages 833-855
Dans quelle mesure existe-t-il, en droit anglais, un régime spécifique de responsabilité délictuelle des autorités publiques? En principe, il n’existe pas de régime spécial comparable au droit administratif français, car le common law ne connaît pas la distinction, héritée du droit romain, entre un jus publicum et un jus privatum. Ainsi, les entités publiques se trouvent-elles assujetties aux mêmes règles de responsabilité délictuelle que les personnes privées. Cependant, au sein de ce régime général de responsabilité, les personnes publiques peuvent bénéficier d’atténuations spéciales pour des raisons d’ordre public. La tentation est donc de conclure qu’un modèle de responsabilité du fait des autorités publiques existe en Angleterre et qu’en conséquent la possibilité d’un modèle européen commence à se dessiner. Toutefois, il faut résister à cette conclusion trop rapide. En effet, les fondements de la responsabilité délictuelle et les méthodes utilisées n’ont pas changé. Certes, le juriste anglais reconnaît la différence existant entre une responsabilité fondée sur la faute et une responsabilité de plein droit. Cependant, la frontière entre les deux ne se manifeste qu’avec difficulté car la distinction repose sur les faits et les fondements de la demande (negligence, nuisance). Ainsi, par exemple, la notion de «déraisonnable» dans le tort of negligence se révèle sensiblement différente de la notion de «déraisonnable» pour le tort of nuisance, tout comme une intention de causer un préjudice donne lieu à une cause d’action différente de la négligence. Ces différences entre les droits français et anglais sont fondées sur des philosophies politiques opposées.
The central question to be considered in this article is the extent to which English law has a specific legal regime with regard to the liability in tort of public bodies. At a general level such an independent regime does not exist, for the distinction, inherited from Roman law, between public and private law is not to be found in the common law. Thus public authorities are subject to the same law of tort as private persons and bodies. However within the law of tort, that is to say at a less general level, the application of the rules of tort can be nuanced when a public authority is involved because these bodies, according to the judges, give rise on occasions to sensitive policy issues. The temptation exists, then, to arrive at the conclusion that a model of administrative liability is a reality in England and that consequently the idea of a European model is beginning to be a possibility. However such a temptation must, to a certain extent at least, be resisted because of the foundations of liability in English law and the methods that attach to this area. Although the English lawyer does recognise, again at the general level, a distinction between fault and strict liability, the frontier between the two is difficult to situate in that much depends on the facts and the causes of action that emerge out of these facts. Thus for example the idea of •unreasonableness’ in the tort of negligence can prove to be subtly different from the notion of •unreasonableness’ in the law of nuisance, just as an intention to cause damage gives rise to a cause of action different from the one that arises where the damage results from negligence. To these differences between French and English law one should perhaps add a difference of starting point, namely that of political philosophy.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Dans quelle mesure existe-t-il, en droit anglais, un régime spécifique de responsabilité délictuelle des autorités publiques? En principe, il n’existe pas de régime spécial comparable au droit administratif français, car le common law ne connaît pas la distinction, héritée du droit romain, entre un jus publicum et un jus privatum. Ainsi, les entités publiques se trouvent-elles assujetties aux mêmes règles de responsabilité délictuelle que les personnes privées. Cependant, au sein de ce régime général de responsabilité, les personnes publiques peuvent bénéficier d’atténuations spéciales pour des raisons d’ordre public. La tentation est donc de conclure qu’un modèle de responsabilité du fait des autorités publiques existe en Angleterre et qu’en conséquent la possibilité d’un modèle européen commence à se dessiner. Toutefois, il faut résister à cette conclusion trop rapide. En effet, les fondements de la responsabilité délictuelle et les méthodes utilisées n’ont pas changé. Certes, le juriste anglais reconnaît la différence existant entre une responsabilité fondée sur la faute et une responsabilité de plein droit. Cependant, la frontière entre les deux ne se manifeste qu’avec difficulté car la distinction repose sur les faits et les fondements de la demande (negligence, nuisance). Ainsi, par exemple, la notion de «déraisonnable» dans le tort of negligence se révèle sensiblement différente de la notion de «déraisonnable» pour le tort of nuisance, tout comme une intention de causer un préjudice donne lieu à une cause d’action différente de la négligence. Ces différences entre les droits français et anglais sont fondées sur des philosophies politiques opposées.
The central question to be considered in this article is the extent to which English law has a specific legal regime with regard to the liability in tort of public bodies. At a general level such an independent regime does not exist, for the distinction, inherited from Roman law, between public and private law is not to be found in the common law. Thus public authorities are subject to the same law of tort as private persons and bodies. However within the law of tort, that is to say at a less general level, the application of the rules of tort can be nuanced when a public authority is involved because these bodies, according to the judges, give rise on occasions to sensitive policy issues. The temptation exists, then, to arrive at the conclusion that a model of administrative liability is a reality in England and that consequently the idea of a European model is beginning to be a possibility. However such a temptation must, to a certain extent at least, be resisted because of the foundations of liability in English law and the methods that attach to this area. Although the English lawyer does recognise, again at the general level, a distinction between fault and strict liability, the frontier between the two is difficult to situate in that much depends on the facts and the causes of action that emerge out of these facts. Thus for example the idea of •unreasonableness’ in the tort of negligence can prove to be subtly different from the notion of •unreasonableness’ in the law of nuisance, just as an intention to cause damage gives rise to a cause of action different from the one that arises where the damage results from negligence. To these differences between French and English law one should perhaps add a difference of starting point, namely that of political philosophy.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
-
Publié par
-
Publié le
01 janvier 2007
-
Langue
Français