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Description

Guy de Maupassant (1850-1893). Ce récit de voyage, publiée en 1888, relate les pérégrinations de Maupassant sur la côte d'Azur encore immaculée, à bord de son yacht personnel

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 159
EAN13 9782820622907
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Collection
«Récits de voyage»

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ISBN : 9782820622907
Sommaire
SUR L'EAU
SUR L'EAU
Ce journal ne contient aucune histoire et aucune aventure intéressante. Ayant fait, au printemps dernier, une petite croisière sur les côtes de la Méditerranée, je me suis amusé à écrire chaque jour ce que j'ai vu et ce que j'ai pensé. En somme, j'ai vu de l'eau, du soleil, des nuages et des roches - je ne puis raconter autre chose - et j'ai pensé simplement, comme on pense quand le flot vous berce, vous engourdit et vous promène.
6 avril.
Je dormais profondément quand mon patron Bernard jeta du sable dans ma fenêtre. Je l'ouvris et je reçus sur le visage, dans la poitrine et jusque dans l'âme, le souffle froid et délicieux de la nuit. Le ciel était limpide et bleuâtre, rendu vivant par le frémissement de feu des étoiles. Le matelot, debout au pied du mur, disait : - Beau temps, monsieur. - Quel vent ? - Vent de terre. - C'est bien, j'arrive. Une demi-heure plus tard, je descendais la côte à grands pas. L'horizon commençait à pâlir et je regardais au loin, derrière la baie des Anges, les lumières de Nice, puis plus loin encore, le phare tournant de Villefranche. Devant moi Antibes apparaissait vaguement dans l'ombre éclaircie, avec ses deux tours debout sur la ville bâtie en cône et qu'enferment encore les vieux murs de Vauban. Dans les rues, quelques chiens et quelques hommes, des ouvriers qui se lèvent. Dans le port, rien que le très léger bercement des tartanes le long du quai et l'insensible clapot de l'eau qui remue à peine. Parfois un bruit d'amarre qui se raidit ou le frôlement d'une barque le long d'une coque. Les bateaux, les pierres, la mer elle-même semblent dormir sous le firmament poudré d'or et sous l'œil du petit phare qui, debout sur la jetée, veille sur son petit port. Là-bas, en face du chantier du constructeur Ardouin, j'aperçus une lueur, je sentis un mouvement, j'entendis des voix. On m'attendait. Le Bel-Ami était prêt à partir. Je descendis dans le salon qu'éclairaient les deux bougies suspendues et balancées comme des boussoles, au pied des canapés qui servent de lit, la nuit venue ; j'endossai le veston de mer en peau de bête, je me coiffai d'une chaude casquette, puis je remontai sur le pont. Déjà les amarres de postes avaient été larguées, et les deux hommes, halant sur la chaîne, amenaient le yacht à pic sur son ancre. Puis ils hissèrent la grande voile, qui s'éleva lentement avec une plainte monotone des poulies et de la mâture. Elle montait large et pâle dans la nuit, cachant le ciel et les astres, agitée déjà par les souffles du vent. Il nous arrivait sec et froid de la montagne invisible encore qu'on sentait chargée de neige. Il était très faible, à peine éveillé, indécis et intermittent. Maintenant, les hommes embarquaient l'ancre, je pris la barre ; et le bateau, pareil à un grand fantôme, glissa sur l'eau tranquille. Pour sortir du port, il nous fallait louvoyer entre les tartanes et les goélettes ensommeillée. Nous allions d'un quai à l'autre, doucement, traînant notre canot court et rond qui nous suivait comme un petit, à peine sorti de l'œuf, suit un c y gne. Dès que nous fûmes dans la passe, entre la jetée et le fort carré, le yacht, plus ardent, accéléra sa marche et sembla s'animer comme si une gaieté fût entrée en lui. Il dansait sur les vagues légères, innombrables et basses, sillons mouvants d'une plaine illimitée. Il sentait la vie de la mer en sortant de l'eau morte du port. Il n'y avait pas de houle, je m'engageai entre les murs de la ville et la bouée le Cinq-Cents-Francs qui indique le grand passage, puis laissant arriver vent arrière, je fis route pour doubler le cap. Le jour naissait, les étoiles s'éteignaient, le phare de Villefranche ferma pour la dernière fois son œil tournant, et j'aperçus dans le ciel lointain, au-dessus de Nice, encore invisible, des lueurs bizarres et roses, c'étaient les glaciers des Alpes dont l'aurore allumait les cimes. Je remis la barre à Bernard pour regarder se lever le soleil. La brise, plus fraîche, nous faisait courir sur l'onde frémissante et violette. Une cloche se mit à sonner, jetant au vent les trois coups rapides de l' Angélus . Pourquoi le son des cloches semble-t-il plus alerte au jour levant et plus lourd à la nuit tombante ? J'aime cette heure froide et légère du matin, lorsque l'homme dort encore et que s'éveille la terre. L'air est plein de frissons mystérieux que ne connaissent point les attardés du lit. On aspire, on boit, on voit la vie qui tenait, la vie matérielle du monde, la vie qui parcourt les astres et dont le secret est notre immense tourment. Raymond disait : - Nous aurons vent d'est tantôt. Bernard répondit : - Je croirais plutôt à un vent d'ouest. Bernard, le patron, est maigre, souple, remarquablement propre, soigneux et prudent. Barbu jusqu'aux y eux, il a le regard bon et la voix bonne. C'est un dévoué et un franc. Mais tout l'inquiète en mer, la houle rencontrée soudain et qui annonce de la brise au large, le nuage allongé sur l'Esterel, qui révèle du mistral dans l'ouest, et même le baromètre qui monte, car il peut indiquer une bourrasque de l'est. Excellent marin d'ailleurs, il surveille tout sans cesse et pousse la propreté jusqu'à frotter les cuivres dès qu'une goutte d'eau les atteint. Raymond, son beau-frère, est un fort gars, brun et moustachu, infatigable, et hardi, aussi franc et dévoué que l'autre, mais moins mobile et nerveux, plus calme, plus résigné aux surprises et aux traîtrises de la mer. Bernard, Raymond et le baromètre sont parfois en contradiction et me jouent une amusante comédie à trois personnages, dont un muet, le mieux renseigné. - Sacristi, monsieur, nous marchons bien, disait Bernard. Nous avons passé, en effet, le golfe de la Salis, franchi la Garoupe, et nous approchons du cap Gros, roche plate et basse allongée au ras des flots. Maintenant, toute la chaîne des Alpes apparaît, vague monstrueuse qui menace la mer, vague de granit couronnée de neige dont tous les sommets pointus semblent des jaillissements d'écume immobile et figée. Et le soleil se lève derrière ces glaces, sur qui sa lumière tombe en coulée d'argent. Mais voilà que, doublant le cap d'Antibes, nous découvrons les îles de Lérins, et loin par derrière, la chaîne tourmentée de l'Esterel. L'Esterel est le décor de Cannes, charmante montagne de keepsake, bleuâtre et découpée élégamment, avec une fantaisie coquette et pourtant artiste, peinte à l'aquarelle sur un ciel théâtral par un créateur complaisant pour servir de modèle aux Anglaises paysagistes et de sujet d'admiration aux altesses phtisiques ou désœuvrées. A chaque heure du jour, l'Esterel change d'effet et charme les yeux du high life . La chaîne des monts correctement et nettement dessinée se découpe au matin sur le ciel bleu, d'un bleu tendre et pur, d'un bleu pourpre et joli, d'un bleu idéal de plage méridionale. Mais le soir, les flancs boisés des côtes s'assombrissent et plaquent une tache noire sur un ciel de feu, sur un ciel invraisemblablement dramatique et rouge. Je n'ai jamais vu nulle part ces couchers de soleil de féerie, ces incendies de l'horizon tout entier, ces explosions de nuages, cette mise en scène habile et superbe, ce renouvellement quotidien d'effets excessifs et magnifiques qui forcent l'admiration et feraient un peu sourire s'ils étaient peints par des hommes. Les îles de Lérins, qui ferment à l'est le golfe de Cannes et le séparent du golfe Juan, semblent elles-mêmes deux îles d'opérette placées là pour le plus grand plaisir des hivernants et des malades. De la pleine mer, où nous sommes à présent, elles ressemblent à deux jardins d'un vert sombre poussés dans l'eau. Au large à l'extrémité de Saint-Honorat, s'élève, le pied dans les flots, une ruine toute romantique, vrai château de Walter Scott, toujours battue par les vagues, et où les moines autrefois se défendirent contre les Sarrasins, car Saint-Honorat appartint toujours à des moines, sauf pendant la Révolution. L'île fut achetée par une actrice des Français. Château fort, religieux batailleurs, aujourd'hui trappistes gras, souriants et quêteurs, jolie cabotine venant sans doute cacher ses amours dans cet îlot couvert de pins et de fourrés et entouré d'un collier de rochers charman

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