Les bonnes nouvelles arrivent surtout quand on ne les attend pas , livre ebook
78
pages
Français
Ebooks
2023
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2023
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Publié par
Date de parution
09 juin 2023
EAN13
9782385330309
Langue
Français
Poids de l'ouvrage
1 Mo
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Date de parution
09 juin 2023
EAN13
9782385330309
Langue
Français
Poids de l'ouvrage
1 Mo
collecton littérature contemporaine
Graphiste : Valentine Flork/A&L Livres
Publié sous la direction éditoriale de Diana Tass
Distribution : Immatériel
ISBN papier : 9782385330293
ISBN numérique : 9782385330309
1ère édition
Dépôt légal : juin 2023
Éditeur : Les éditions d’Avallon
342 rue du Boulidou
34980 Saint-Clément-de-Rivière
© 2023 Les éditions d’Avallon
Les bonnes nouvelles arrivent surtout quand on ne les attend pas
De la même autrice
Par tous les moyens, cheminer , éditions Gros Textes, collection la petite porte, 2018
Avec ou sans enfants ?, éditions Gros Textes, collection Les Tilleuls du square, 2020
Fan(n)y et la mer , éditions d’Avallon, 2021
Du bleu au ciel , éditions d’Avallon, 2022
Textes en ouvrages collectifs
in Résonances, éditions Jacques Flament, 2017
in L’instant fugace , éditions Jacques Flament, 2018
in Mecha de plata , éditions Diable Vauvert, 2019
in La veuve noire , éditions Diable Vauvert, 2020
in Femmes libres , éditions Tapuscrits, 2021
in Faits d’hiver , éditions Jacques Flament, 2022
in Frontières , éditions Au Mbongui, 2023
Claire Musiol
Les bonnes nouvelles arrivent surtout quand on ne les attend pas
roman
Il n’y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu’en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d’une personne à l’autre. Nous y sommes toujours revenus, et peu importait qui nous étions, chaque fois, ni comment il avait changé, ni avec quelles difficultés — ou quelle facilité — nous pouvions nous y rendre. Paris valait toujours le déplacement, et on recevait toujours quelque chose en retour de ce qu’on lui donnait.
Ernest Hemingway
Fragments pour Paris est une fête .
AVANT-PROPOS
Il faut m’imaginer, blanc, haut, fier. Cinq étages et des moulures sur chaque fronton. Pas de balcons mais des fenêtres aux larges carreaux lorsqu’elles ont encore leur cadre d’origine. Une porte massive qui a de quoi impressionner, peinte en rouge, d’un rouge profond, élégant. J’affectionne ses deux battants imposants, mais une porte plus petite a été découpée dans l’un d’eux, pour les usages quotidiens. Mon toit est de ce gris caractéristique de Paris. Du zinc qui s’ébroue sous la pluie et étincelle un vert-de-gris ou un bleu fumé selon les accents du ciel. Au-dessus culminent d’étroites cheminées d’argile chapeautées de zinc elles aussi et prises d’assaut par des hordes de pigeons. Plus rien d’autre ne me sépare du ciel.
Certains étages ont encore mon parquet massif d’origine : un point de Hongrie lumineux et brillant quand il a été entretenu, plus terne si on a laissé filer les années sans le poncer ou le vernir.
Immeuble de standing on dit aujourd’hui. Dès le début, j’avais un certain standing. J’ai toujours eu du cachet avec mes cheminées en marbre noir à veines blanches et mes balustrades en fer forgé. Et peu importe si mes voisins me ressemblent. Je sais que nous sommes différents. Il n’y a qu’à voir le détail dans la sculpture au-dessus de ma porte, le drapé autour des hanches des deux hommes qui soutiennent les colonnades d’un côté et de l’autre, le tombé des fleurs et des fruits dégobillés par de larges vases sculptés sur ma façade, les couronnes de feuilles en pierre entre les fenêtres du quatrième étage. Qui, dans notre rue, peut s’enorgueillir de posséder de tels ornements ? Qui est pourvu d’autant d’enjolivures et d’une telle finesse ?
Quoi qu’on en dise, je me sais remarquable.
Voilà qui je suis. Resplendissant dans ma parure de pierre de taille, rayonnant de clarté et… habité ! Oui, depuis le début je suis habité, squatté, occupé. Je suis le pourtour mais je suis creux en dedans. Ceux qui m’habitent forment mon cœur et mes poumons. Ils sont le mouvement dans ma vie statique. Ils apportent de l’air là où je manque de respirations et je leur offre un refuge dans la ville agitée.
J’ai besoin d’eux comme ils ont besoin de moi.
Je les connais bien, tous autant qu’ils sont. Je les ai vus arriver, s’installer, prendre la place de ceux qui étaient là. Ils ne sont ni les premiers ni les derniers. J’en ai connu d’autres, avant ; certains ont depuis longtemps disparu tandis que je suis toujours là, moi.
Parfois, je me sens seul. On me parle peu, si peu… On me regarde à peine. Il faut dire que je fais partie du décor.
Je suis le décor.
Ce n’est pas évident d’être une scène, une toile de fond, persistante et finalement si présente qu’on en fait abstraction. Pourtant, je suis moins solide que ce qu’on croit. Je m’effrite sur les bords. Je m’enfonce d’un côté. Je me déséquilibre avec les décennies. Mais à côté de celles et ceux qui passent et me traversent, je sais que mes petits effondrements peuvent sembler des futilités, que je peux paraître immuable.
Il faut dire que je suis le sol sur lequel ils marchent, les murs qui les soutiennent, le toit qui les protège. Je suis tout autour d’eux, je forme leur cocon, permets leur intimité. Je constitue leur repaire, le lieu de toutes leurs convergences.
Mais je ne revêts pas la même apparence pour chacun d’eux, ni la même taille ni le même confort. Je suis unique et multiple à la fois : chacun de mes recoins possède sa lumière, son atmosphère, sa personnalité propre.
*
Nous sommes au beau milieu de la nuit. La ville tout autour de moi crépite et grésille. Malgré le froid, des fenêtres sont ouvertes et des voix fortes, alcoolisées ou amusées, se jettent sur les trottoirs. Les passants portent des manteaux de saison qui les protègent de tenues parfois dénudées : des robes trop courtes, des collants trop fins, des chemises trop délicates. Ils se sont apprêtés pour l’occasion sans se soucier des températures. Ils veulent être admirables pour entrer dans la nouvelle année, se montrer sous leur plus beau jour. Ils ont sorti les bijoux resplendissants, les talons hauts, le cirage pour les chaussures. Ils rayonnent sous les lampadaires. Bonne année ! est crié de tous côtés tandis que des lampions flamboyants sillonnent le ciel. Certains dansent au milieu de la rue. Mais ce n’est pas le cas de tous.
Elle est restée en dedans, à l’abri du bruit et des autres. À l’abri de la vie. Elle est installée dans son fauteuil, celui qui est face à la fenêtre. Mais elle ignore ce qui se trame à l’extérieur d’elle-même. Elle a fermé les volets, s’est retirée au plus profond de mes entrailles, dans le silence des pierres de taille. Le trois-pièces du second est muet. Le parquet est recouvert de tapis qui capitonnent l’espace. Il faudrait ouvrir les vitres et laisser l’air entrer par bourrasques, emporter les objets figés et soulever ses cheveux. Il faudrait qu’elle sorte et se laisse secouer par ceux qui dansent en dessous. Il faudrait tant de choses mais il ne se passe rien, ou si peu.
Pourtant, c’est souvent dans les plus petits mouvements, dans les frémissements d’avant l’action, dans les premières impulsions, que les cœurs s’animent. On est là, avec elle. Sur le bord de la vie.
PARTIE I :
HIVER
CARNET DES ANNÉES NOUVELLES
L’année qui vient de s’écouler m’est passée sur le corps. Elle a violé mes choix, mes rêves, ma vie. J’ai mal. Pourtant, je ne crie pas. La douleur est trop grande. Parfois, j’aimerais pouvoir dire qu’elle diminue, qu’elle s’efface, que j’oublie. Puis je pleure d’avoir voulu oublier. Je le sais, j’ai perdu d’avance : la douleur est plus forte que moi. Il n’y a pas eu de combat. Je me suis rendue. Depuis, je crois que je n’existe plus. J’essaie pourtant. Je me lève, je me couche et, entre les deux, je fais toutes ces choses que je faisais avant, mais plus comme avant.
La nuit a été longue. La solitude a doublé les heures. Je n’ai pas pu dormir. À minuit je les ai entendus : les pétards, les cris de joie, les applaudissements. Le feu d’artifice aussi, celui des Champs Élysées. J’avais pourtant fermé les fenêtres, et les volets, et les rideaux. Mais même les sons de leurs bises me sont parvenus, moi qui cherchais le silence. Je crois que les bras fermes du fauteuil m’ont encore secourue. Ou bien est-ce le tapis qui nous a recueillis, moi, ma douleur et mes pleurs ?
J’ai le carnet entre mes mains depuis deux heures au moins. Mais je n’y arrive pas… On a passé un pacte, lui et moi, il y a dix ans déjà. C’était en 1996. Premier de l’an 1996 exactement. Pas une résolution, juste de la gratitude pour l’année écoulée. J’avais voulu l’écrire, pour garder trace. Bêtise ! Je ne connaissais rien de la vie, voilà tout.
Si je me concentre, je me souviens qu’après une année d’abstinence le même rituel reprenait son cours. J’aimais sentir sous mes doigts son épaisseur, retrouver son odeur, aplanir du plat de la paume ses coins froissés et deviner des formes nouvelles dans l’imbrication des carreaux bicolores de sa couverture molletonnée. Oui, j’aimais cela, avant. Et tant d’autres choses encore. Aujourd’hui ses couleurs sont fades, son titre même, Carnet des Années Nouvelles , me semble absurde. Il n’y aura plus d’année nouvelle. Le temps n’a pas repris son cours, je le sais.
Je sais aussi que je dois occuper mon esprit ; je l’ai promis à Hector. Je pourrais écrire. Oui, je pourrais écrire, mais je n’ai envie de rien. Quelle importance ? J’ai toujours le carnet entre les mains. Page après page, dix années. La couverture craque quand je la tourne.
Pour la première fois je vais relire toutes mes listes.
1996
Événements inoubliables :
Emménagement avec Cyril, le 23 mars
Premier poste en CDD pour 3 mois à Europe 1, signé le 30 septembre
Diplômée de l’école de journalisme, le 4 juin
Rencontre de Justine à la danse, le 10 février
Naissance de mon cousin Esteban, le 18 juin
Événements marquants :
Anniversaire des 50 ans de maman, fêté le 19 octobre
Opération réussie de la tumeur d’oncle Pierre, le 9 juillet
Vacances au Vietnam avec Cyril, du 17 juillet au 30 août
Rencontre