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Patron assassinÉmile Pouget1893Le Père peinard, 04 juin 1893Qu’un patron tue des prolos, c’est chose bougrement commune, nom de dieu !Seulement la main du criminel est souvent si cachée sous tous les flaflas et lespréjugés de la garce de la société actuelle, que les bons bougres ne voient pasd’où est parti le coup.Dans le crime dont je vas jaspiner, y a foutre pas d’erreur possible : la griffe dusinge s’y voit clairement, et – mille dieux- le bandit ne s’est pas contenté d’unevictime, -il s’est payé la paire !Voici l’histoire : L’autre jour, on a pêché dans le canal de la Haute –Seine, à côtéde la chapelle Saint-Luc, à deux kilomètres de Troyes, les cadavres de deuxgosselines de 17 ans. Avant de se foutre à l’eau, les pauvrettes s’étaient liées l’uneà l’autre avec leurs tabliers ; puis, peut-être pour ne pas se voir mourir l’une l’autre,elles s’étaient bandées les yeux. Ça fait, oup ! elles ont piqué un plongeon dans lecanal. S’escoffier à 17 ans, quand on est gentillettes et que l’avenir vous fait desmamours, c’est bougrement terrible ! L’une des deux gosselines se nommaitOctavie Dupont ; elle perchait chez sa tante à Troyes. Le médecin légiste qui l’aexaminée l’a trouvée enceinte de deux mois (on ne lui connaissait pourtant aucunamoureux) Sa copine s’appelait Marie Renaud et habitait chez sa mère, rued’Auxerre.Turellement, c’est leur singe qui les a poussées au suicide. C’est pas lui qui les abâillonnées et foutues à l’eau, mais c’est tout comme… ...
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