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Léon TolstoïDernières ParolesMercure de France, 1905 (pp. 247-256).LE PRINCIPE DE LA VIOLENCE[1]ET LA QUESTION NÈGREJe vous remercie beaucoup de m’avoir envoyé la biographie de Garrison.En la lisant, j’ai vécu de nouveau le printemps de ma résurrection à la vraie vie. Enparcourant les discours et les articles de Garrison, je me suis rappelé vivement lajoie morale que j’ai éprouvée, il y a vingt ans, lorsque j’eus connaissance de la loide la non-résistance au mal par la violence, pensée à laquelle je fus inévitablementamené une fois que j’eus compris toute l’importance du christianisme. Cette loi merévéla le suprême idéal de la réalisation de la vie chrétienne. Déjà entre 1840 et1850, elle était non seulement reconnue et proclamée par Garrison, mais elle étaitplacée par lui à la base de son activité pratique pour l’émancipation des esclaves.Ma joie fut d’abord mêlée d’étonnement : comment cette grande vérité évangélique,expliquée cinquante ans auparavant par Garrison, pouvait-elle être si effacée que jela donnai comme quelque chose d’entièrement nouveau ? Mon étonnement s’accrutsurtout par ce fait que non seulement les gens opposés au progrès de l’humanité,mais que les plus avancés, que les progressistes mêmes, étaient ou tout à faitindifférents, ou même hostiles à la propagation de cette loi qui est le fondement detout vrai progrès.Mais plus le temps s’écoulait, plus je me rendais compte de cette indifférencegénérale et de l’hostilité qui ...
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