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La grève généraleÉmile Armand1901Il y avait assez longtemps que je n’avais eu le plaisir de converser avec mon amiLouis Lepage, quand, samedi dernier, embarrassé que j’étais pour rédiger l’articlede fond de notre petite feuille, je me décidai à me rendre chez lui. Autrefois, nousnous voyions plus souvent, mais Louis Lepage habite actuellement dans labanlieue, forcé qu’il a été de s’y réfugier par la cherté des loyers. On construit debelles maisons dans les quartiers excentriques de Paris, de vastes bâtiments avecdes pièces parquetées, des cuisines claires, de larges fenêtres par où pénètrentl’air et le soleil, seulement, car il y a un seulement ; seulement, dis-je, lespropriétaires oublient de mettre les loyers de ces beaux logements à la portée desouvriers qui habitent le quartier, de sorte que ceux-ci, chassés de plus en plus versles fortifications, finissent par les franchir.― O ―Comme c’est son habitude le samedi soir, je trouvai Louis Lepage en manches dechemise, assis devant la table de bois noir qui lui sert de bureau et plongé dansune profonde lecture. J’avais oublié de vous dire que mon ami est un militant dusocialisme révolutionnaire. Tout comme moi et depuis bien plus longtemps quemoi, il est parfaitement convaincu que le prolétariat n’a rien à attendre de la sociétételle qu’elle est constituée et que seule une transformation radicale de cette sociétécapitaliste et égoïste peut rendre possible l’avènement d’une humanité meilleure.Je ...
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