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Femmes, soyez soumises à vos marisVoltaire1768L’abbé de Châteauneuf me contait un jour que Mme la maréchale de Grancey étaitfort impérieuse ; elle avait d’ailleurs de très grandes qualités. Sa plus grande fiertéconsistait à se respecter soi-même, à ne rien faire dont elle pût rougir en secret ;elle ne s’abaissa jamais à dire un mensonge : elle aimait mieux avouer une véritédangereuse que d’user d’une dissimulation utile ; elle disait que la dissimulationmarque toujours de la timidité. Mille actions généreuses signalèrent sa vie ; maisquand on l’en louait, elle se croyait méprisée ; elle disait : « Vous pensez donc queces actions m’ont coûté des efforts ? » Ses amants l’adoraient, ses amis lachérissaient, et son mari la respectait.Elle passa quarante années dans cette dissipation, et dans ce cercled’amusements qui occupent sérieusement les femmes ; n’ayant jamais rien lu queles lettres qu’on lui écrivait, n’ayant jamais mis dans sa tête que les nouvelles dujour, les ridicules de son prochain, et les intérêts de son cœur. Enfin, quand elle sevit à cet âge où l’on dit que les belles femmes qui ont de l’esprit passent d’un trôneà l’autre, elle voulut lire. Elle commença par les tragédies de Racine, et fut étonnéede sentir en les lisant encore plus de plaisir qu’elle n’en avait éprouvé à lareprésentation : le bon goût qui se déployait en elle lui faisait discerner que cethomme ne disait jamais que des choses vraies et intéressantes, qu’elles étaienttoutes ...
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