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Jean Le Rond d'AlembertChristineAh ! vous voilà, mon cher Descartes ? Que je suis ravie de vous revoir après une silongue absence !DescartesDepuis près d'un siècle que nous sommes ici tous deux, il n'a tenu qu'à vous denous retrouver beaucoup plus tôt. Mais je ne suis pas surpris que vous m'ayezlaissé à l'écart. Vous savez que sur la terre même, les Princes & les Philosophesne vivent pas beaucoup ensemble ; s'ils se recherchent quelquefois, c'est par lesentiment passager d'un besoin réciproque, les Princes pour s'instruire, lesPhilosophes pour être protégés, les uns & les autres pour être célebres ; car chezles Rois, & même chez les Sages, la vanité se tait rarement. Mais quand une foison est arrivé dans le triste & paisible séjour où nous sommes, Rois & Philosophesn'ont plus rien à prétendre, à espérer ni à craindre les uns des autres ; ils setiennent donc chacun de leur côté ; cela est dans l'ordre.ChristineQuelque froideur que vous me fassiez paroître, & quelque indifférence que vous mereprochiez à votre égard, j'ai toujours conservé pour vous des sentimens dereconnaissance & d'estime ; et ces sentimens viennent d'être réveillés par desnouvelles que j'ai à vous apprendre, & qui pourront vous intéresser.DescartesDes nouvelles qui m'intéresseront ! Cela sera difficile. Depuis que je suis ici, j'aisouvent entendu les morts converser entre eux ; ils débitoient ce qui s'est passé surla terre depuis que je l'ai quitté ; j'ai tant appris de sottises ...
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Français