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16
pages
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Россию
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Documents
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1988
Description
Cahiers du monde russe et soviétique - Année 1988 - Volume 29 - Numéro 3 - Pages 343-356Efim Etkind, Deux odes spirituelles de Deržavin : « Dieu » et «Le Christ ».
Le sort de ces deux œuvres majeures de Deržavin qui forment une dilogie poétique est différent : « Dieu » est une des œuvres les plus célèbres du monde entier (15 traductions françaises, 10 allemandes, 2 japonaises, etc.) ; « Le Christ » n'a presque jamais été réédité ; cette autre ode est pratiquement inconnue. Au cours des trente ans qui séparent les deux poèmes, Deržavin s'est approché des idéaux linguistiques et stylistiques de l'Académie créée au début du XIXe siècle par l'amiral Šiškov contre tout occidentalisme verbal, contre le « karamzinisme », pour l'esthétique de l'obscur, du difficilement lisible. Contre le Deržavin des années 1804-1816 s'insurgent des poètes comme Batjuškov et Puškin. L'ode « Le Christ » peut être considérée comme le manifeste poétique de l'Académie chichkovienne. L'auteur de l'article montre les différentes formes d'archaïsmes utilisés par le poète : lexique, phraséologiques, morphologiques, syntaxiques, etc., ainsi que les procédés pour rendre le texte particulièrement difficile : l'accumulation des consonnes, le spondée (l'accumulation d'accents qui se suivent), etc. Il essaie de démontrer quelle est la base théorique de cette technique de freinage, reprise plus tard, au XXe siècle, par des poètes comme Vjačeslav Ivanov, Hlebnikov, Majakovskij, Cvetaeva.
La poésie russe cherchait le contenu philosophique : Ševyrev, Homjakov, Tjutčev luttaient contre la poésie légère, fugitive, pour le profond et donc l'obscur. Le maître de ces poètes-philosophes fut Deržavin. L'idée philosophique du «Christ» est encore plus complexe que celle de « Dieu » : le Christ est considéré comme le centre et même l'unité des oppositions les plus extrêmes : omnipuissance et fragilité, sagesse divine et ignorance, matière et spiritualité. Comment en parler ? Quelle est la forme verbale rythmique de cette réflexion ? Est-ce possible de verbaliser l'indicible ? Dans l'ode « Le Christ» il s'agit de l' homme intérieur qui a été la grande découverte du romantisme. L'ode appartient donc à l'époque des romantiques aussi bien qu'à celle des classiques du XVIIIe siècle russe.
Efim Etkind, Two spiritual odes by Derzhavin, God and Christ.
The destiny of these two Derzhavin's major works forming a poetical dilogy is different: God is one of the most famous odes in the world (15 French translations, 10 German, 2 Japanese, etc.); Christ was almost never re-edited. This second ode is practically unknown. In the course of the thirty years that separate the two poems Derzhavin drew nearer to linguistical and stylistical ideals of the Academy created at the beginning of the nineteenth century by admiral Shishkov against verbal Westernism, against Karamzinism, for the aesthetics of the obscure, of the hard to read. Poets like Batiushkov and Pushkin revolt against Derzhavin's poetry of the years 1804-1816. The ode Christ can be considered as the manifesto of Shishkov's Academy. The author of the article note the different forms of archaism used by the poet: lexical, phraseological, morphological, syntactic, etc. as well as the means used by Derzhavin to endow his text with maximum difficulty: accumulation of consonants, spondee (succession of stressed syllables), etc. He endeavors to show the theoretical basis of this braking technique, later taken up in the twentieth century by poets such as Viacheslav Ivanov, Khlebnikov, Maiakovskii, Tsvetaeva.
Russian poetry was on the look-out for philosophical contents: Shevyrev, Khomiakov, Tiutchev were fighting against light and fluent poetry for the deep and obscure. Derzhavin was the master of these poets-philosophers. The philosophical idea of Christ is even more complex than that of God: Christ is considered as the center and even the unit of the most extreme opposites: omni-power and frailty, divine wisdom and ignorance, matter and spirituality. How is one to speak of it? What is the verbal and rythmic shape of this reflexion? Can one put the unutterable into words? The ode Christ deals with the inner man who was the great discovery of Romantism. The ode belongs therefore to the period of romantics as well as to that of the classics of the Russian eighteenth century.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Le sort de ces deux œuvres majeures de Deržavin qui forment une dilogie poétique est différent : « Dieu » est une des œuvres les plus célèbres du monde entier (15 traductions françaises, 10 allemandes, 2 japonaises, etc.) ; « Le Christ » n'a presque jamais été réédité ; cette autre ode est pratiquement inconnue. Au cours des trente ans qui séparent les deux poèmes, Deržavin s'est approché des idéaux linguistiques et stylistiques de l'Académie créée au début du XIXe siècle par l'amiral Šiškov contre tout occidentalisme verbal, contre le « karamzinisme », pour l'esthétique de l'obscur, du difficilement lisible. Contre le Deržavin des années 1804-1816 s'insurgent des poètes comme Batjuškov et Puškin. L'ode « Le Christ » peut être considérée comme le manifeste poétique de l'Académie chichkovienne. L'auteur de l'article montre les différentes formes d'archaïsmes utilisés par le poète : lexique, phraséologiques, morphologiques, syntaxiques, etc., ainsi que les procédés pour rendre le texte particulièrement difficile : l'accumulation des consonnes, le spondée (l'accumulation d'accents qui se suivent), etc. Il essaie de démontrer quelle est la base théorique de cette technique de freinage, reprise plus tard, au XXe siècle, par des poètes comme Vjačeslav Ivanov, Hlebnikov, Majakovskij, Cvetaeva.
La poésie russe cherchait le contenu philosophique : Ševyrev, Homjakov, Tjutčev luttaient contre la poésie légère, fugitive, pour le profond et donc l'obscur. Le maître de ces poètes-philosophes fut Deržavin. L'idée philosophique du «Christ» est encore plus complexe que celle de « Dieu » : le Christ est considéré comme le centre et même l'unité des oppositions les plus extrêmes : omnipuissance et fragilité, sagesse divine et ignorance, matière et spiritualité. Comment en parler ? Quelle est la forme verbale rythmique de cette réflexion ? Est-ce possible de verbaliser l'indicible ? Dans l'ode « Le Christ» il s'agit de l' homme intérieur qui a été la grande découverte du romantisme. L'ode appartient donc à l'époque des romantiques aussi bien qu'à celle des classiques du XVIIIe siècle russe.
Efim Etkind, Two spiritual odes by Derzhavin, God and Christ.
The destiny of these two Derzhavin's major works forming a poetical dilogy is different: God is one of the most famous odes in the world (15 French translations, 10 German, 2 Japanese, etc.); Christ was almost never re-edited. This second ode is practically unknown. In the course of the thirty years that separate the two poems Derzhavin drew nearer to linguistical and stylistical ideals of the Academy created at the beginning of the nineteenth century by admiral Shishkov against verbal Westernism, against Karamzinism, for the aesthetics of the obscure, of the hard to read. Poets like Batiushkov and Pushkin revolt against Derzhavin's poetry of the years 1804-1816. The ode Christ can be considered as the manifesto of Shishkov's Academy. The author of the article note the different forms of archaism used by the poet: lexical, phraseological, morphological, syntactic, etc. as well as the means used by Derzhavin to endow his text with maximum difficulty: accumulation of consonants, spondee (succession of stressed syllables), etc. He endeavors to show the theoretical basis of this braking technique, later taken up in the twentieth century by poets such as Viacheslav Ivanov, Khlebnikov, Maiakovskii, Tsvetaeva.
Russian poetry was on the look-out for philosophical contents: Shevyrev, Khomiakov, Tiutchev were fighting against light and fluent poetry for the deep and obscure. Derzhavin was the master of these poets-philosophers. The philosophical idea of Christ is even more complex than that of God: Christ is considered as the center and even the unit of the most extreme opposites: omni-power and frailty, divine wisdom and ignorance, matter and spirituality. How is one to speak of it? What is the verbal and rythmic shape of this reflexion? Can one put the unutterable into words? The ode Christ deals with the inner man who was the great discovery of Romantism. The ode belongs therefore to the period of romantics as well as to that of the classics of the Russian eighteenth century.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Publié par
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01 janvier 1988
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Langue
Россию