-
22
pages
-
Français
-
Documents
Description
Alors que la subjectivité individuelle est un dispositif essentiel de construction de la science économique et des sciences sociales en général, elle fait assez peu l'objet d'investigations quantitatives systématiques. Les conséquences d'une question en apparence anodine posée dans l'enquête Travail et mode de vie : « Compte tenu du travail que vous fournissez, diriez-vous que vous êtes : 1. Très bien payé, 2. Plutôt bien payé, 3. Normalement payé, 4. Plutôt mal payé, 5. Très mal payé ? » ont été étudiées. En supposant que la satisfaction mesurée par cette question dépend de l'écart entre le salaire perçu et le salaire attendu, certains résultats de la théorie de la compensation salariale sont réexaminés : le salaire attendu (subjectivement) n'est pas le salaire espéré (au sens de l'espérance objective de salaire) ! Ainsi, les hommes souhaiteraient que les pénibilités physiques soient mieux compensées, les femmes, que l'on tienne mieux compte des contraintes temporelles et moins du statut social. Une telle divergence entre l'ordre des attentes et des rémunérations est, d'une part, due à l'imperfection du marché du travail et, d'autre part, au mode de construction des attentes. Celles-ci ne sont pas seulement le résultat d'un calcul économique purement individuel, mais d'un processus de comparaison interpersonnelle mettant en jeu la famille, le milieu social, voire le marché, à partir duquel les individus se construisent une représentation de la rémunération juste et injuste. Puisque ce salaire attendu met en jeu une notion de justice, on peut se demander si la répartition des salaires attendus est plus égalitaire ou plus inégalitaire que celle des salaires perçus. Lorsqu'on modifie les salaires pour tenir compte des primes implicitement réclamées pour compenser les conditions de travail, la distribution obtenue est plus inégalitaire que celle des salaires effectivement perçus. À l'inverse, lorsqu'on ajuste les salaires en tenant compte des seules variables ...
-
Publié par
-
Langue
Français