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Marie de Rabutin-Chantal, marquise de SévignéLettres de Madame de Sévigné,de sa famille et de ses amisHachette, 1862 (pp. 44-48).429. — DE MADAME DE SÉVIGNÉÀ MADAME DE GRIGNAN.eÀ Paris, lundi 12 août.Je vous envoie la plus belle et la meilleure relation qu’on ait eue ici de la mort de M.de Turenne : elle est du jeune marquis de Feuquières à Mme de Vins, pour M. dePompone. Ce ministre me dit qu’elle étoit meilleure et plus exacte que celle du Roi.[1]Il est vrai que ce petit Feuquières a un coin d’Arnauld dans sa tête, qui le faitmieux écrire que les autres courtisans.Je viens de voir le cardinal de Bouillon : il est changé à n’être pas connoissable. Ilm’a fort parlé de vous : il ne doute pas de vos sentiments. Il m’a conté mille choses[2]de M. de Turenne, qui font mourir. Son âme apparemment, étoit en état deparoître devant Dieu, car sa vie étoit parfaitement innocente. Il demandoit à sonneveu, à la Pentecôte, s’il ne pourroit pas communier sans se confesser. Il lui ditque non, et que depuis Pâques il ne pouvoit guère s'assurer de n'avoir pas offensé[3]Dieu . Il lui conta son état ; il étoit à mille lieues d'un péché mortel. Il alla pourtant àconfesse, pour la coutume ; il disoit : « Mais faut-il dire à ce récollet comme à[4]Monsieur de Saint-Gervais ? Est-ce tout de même ? » En vérité, une telle âmeest bien digne du ciel ; elle venoit trop droit de Dieu pour n'y pas retourner, s'étant si[5]peu gâtée par la corruption du monde. Il aimoit tendrement ...
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