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— D o s t o ï e v s k iLettre de Dostoïevski à son frère Mikhaïl22 février 1854Le 22 février 1854.Je puis enfin causer avec toi plus longuement, plus sûrement aussi, il me semble.Mais avant tout laisse-moi te demander, au nom de Dieu, pourquoi tu ne m’as pasencore écrit une seule ligne. Je n’aurais jamais cru cela ! Combien de fois, dansma prison, dans ma solitude, ai-je senti venir le véritable désespoir en pensant que,peut-être, tu n’existais plus : et je réfléchissais durant des nuits entières au sort detes enfants, et je maudissais la destinée qui ne me permettait pas de leur venir enaide.D’autres fois je me persuadais que tu vivais encore, mais alors la colère me prenait(surtout à mes heures — si fréquentes ! — de maladie), et je t’accablais d’amersreproches. Mais bientôt je t’excusais ; je te justifiais de mille manières et je tâchaisde me tranquilliser. Car je n’ai jamais perdu ma confiance en toi : je crois que tum’aimes et que tu ne m’as pas oublié.Je t’ai écrit une lettre par l’intermédiaire de notre état-major. Elle a dû certainementte parvenir. J’attendais une réponse et je n’ai jamais rien reçu. Se pourrait-il qu’ont’eût défendu de m’écrire ? Mais cela est permis ! Tous les condamnés politiquesreçoivent ici plusieurs lettres par an. Doura en recevait souvent. Maintes fois, sur lademande des autorités locales, l’autorisation accordée aux condamnés politiquesde correspondre avec leurs parents a été confirmée. Mais je crois avoir deviné ...
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