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Guy de MaupassantLa Vie erranteParis : P. Ollendorff, 1890 (pp. 10-24).Sortis du port de Cannes à trois heures du matin, nous avons pu recueillir encore unreste des faibles brises que les golfes exhalent vers la mer pendant la nuit. Puis unléger souffle du large est venu, poussant le yacht couvert de toile vers la côteitalienne.C’est un bateau de vingt tonneaux tout blanc, avec un imperceptible fil doré qui lecontourne comme une mince cordelière sur un flanc de cygne. Ses voiles en toilefine et neuve, sous le soleil d’août qui jette des flammes sur l’eau, ont l’air d’ailes desoie argentée déployées dans le firmament bleu. Ses trois focs s’envolent en avant,triangles légers qu’arrondit l’haleine du vent, et la grande misaine est molle, sous laflèche aiguë qui dresse, à dix-huit mètres au-dessus du pont, sa pointe éclatantepar le ciel. Tout à l’arrière, la dernière voile, l’artimon, semble dormir.Et tout le monde bientôt sommeille sur le pont. C’est une après-midi d’été, sur laMéditerranée. La dernière brise est tombée. Le soleil féroce emplit le ciel et fait dela mer une plaque molle et bleuâtre, sans mouvement et sans frisson, endormieaussi, sous un miroitant duvet de brume qui semble la sueur de l’eau.Malgré les tentes que j’ai fait établir pour me mettre à l’abri, la chaleur est telle sousla toile que je descends au salon me jeter sur un divan.Il fait toujours frais dans l’intérieur. Le bateau est profond, construit pour naviguerdans les mers du ...
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