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Charles de Saint-ÉvremondŒuvres mêléesSur les tragédiesSUR LES TRAGÉDIES.(1677.)J’avoue que nous excellons aux ouvrages de théâtre ; et je ne croirai point flatterCorneille, quand je donnerai l’avantage à beaucoup de ses tragédies, sur celles del’antiquité. Je sais que les anciens tragiques ont eu des admirateurs dans tous lestemps, mais je ne sais pas si cette sublimité dont on parle est bien fondée. Pourcroire que Sophocle et Euripide sont aussi admirables qu’on nous le dit, il fauts’imaginer bien plus de choses de leurs ouvrages, qu’on n’en peut connoître pardes traductions ; et selon mon sentiment, les termes et la diction doivent avoir unepart considérable à la beauté de leurs tragédies.Il me semble voir, au travers des louanges que leur donnent leurs plus renomméspartisans, que la grandeur, la magnificence, et la dignité surtout, leur étoient deschoses fort peu connues : c’étoient de beaux esprits resserrés dans le ménaged’une petite république, à qui une liberté nécessiteuse tenoit lieu de toutes choses.Que s’ils étoient obligés de représenter la majesté d’un grand roi, ils entroient maldans une grandeur inconnue, pour ne voir que des objets bas et grossiers, où leurssens étoient comme assujettis.Il est vrai que les mêmes esprits, dégoûtés de ces objets, s’élevoient quelquefoisau sublime et au merveilleux ; mais alors ils faisoient entrer tant de dieux et dedéesses dans leurs tragédies, qu’on n’y reconnoissoit presque rien d’humain. Cequi ...
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