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Charles de Saint-Évremond
Œuvres mêlées
Sur la morale d’Épicure
SUR LA MORALE D’ÉPICURE,
1À la moderne Leontium .
(1685.)
Vous voulez savoir si j’ai fait ces Réflexions sur la doctrine d’Épicure, qu’on
m’attribue. Je pourrois m’en faire honneur, mais je n’aime pas à me donner un
2mérite que je n’ai point, et je vous dirai ingénument qu’elles ne sont pas de moi .
J’ai un grand désavantage, en ces petits traités qu’on imprime sous mon nom. Il y
en a de bien faits que je n’avoue point, parce qu’ils ne m’appartiennent pas ; et
parmi les choses que j’ai faites, on a mêlé beaucoup de sottises, que je ne prends
pas la peine de désavouer. À l’âge où je suis, une heure de vie bien ménagée,
m’est plus considérable que l’intérêt d’une médiocre réputation. Qu’on se défait de
l’amour propre difficilement ! Je le quitte comme auteur, je le reprends comme
philosophe : sentant une volupté secrète, à négliger ce qui fait le soin de tous les
autres.
Le mot de Volupté me rappelle Épicure ; et je confesse que, de toutes les opinions
des philosophes, touchant le souverain bien, il n’y en a point qui me paroisse si
raisonnable que la sienne. Il seroit inutile d’apporter ici des raisons, cent fois dites
par les épicuriens : que l’amour de la volupté, et la fuite de la douleur, sont les
premiers et les plus naturels mouvements, qu’on remarque aux hommes ; que les
richesses, la puissance, l’honneur, la vertu, peuvent contribuer à notre bonheur :
mais que la jouissance du plaisir, la volupté, ...
Œuvres mêlées
Sur la morale d’Épicure
SUR LA MORALE D’ÉPICURE,
1À la moderne Leontium .
(1685.)
Vous voulez savoir si j’ai fait ces Réflexions sur la doctrine d’Épicure, qu’on
m’attribue. Je pourrois m’en faire honneur, mais je n’aime pas à me donner un
2mérite que je n’ai point, et je vous dirai ingénument qu’elles ne sont pas de moi .
J’ai un grand désavantage, en ces petits traités qu’on imprime sous mon nom. Il y
en a de bien faits que je n’avoue point, parce qu’ils ne m’appartiennent pas ; et
parmi les choses que j’ai faites, on a mêlé beaucoup de sottises, que je ne prends
pas la peine de désavouer. À l’âge où je suis, une heure de vie bien ménagée,
m’est plus considérable que l’intérêt d’une médiocre réputation. Qu’on se défait de
l’amour propre difficilement ! Je le quitte comme auteur, je le reprends comme
philosophe : sentant une volupté secrète, à négliger ce qui fait le soin de tous les
autres.
Le mot de Volupté me rappelle Épicure ; et je confesse que, de toutes les opinions
des philosophes, touchant le souverain bien, il n’y en a point qui me paroisse si
raisonnable que la sienne. Il seroit inutile d’apporter ici des raisons, cent fois dites
par les épicuriens : que l’amour de la volupté, et la fuite de la douleur, sont les
premiers et les plus naturels mouvements, qu’on remarque aux hommes ; que les
richesses, la puissance, l’honneur, la vertu, peuvent contribuer à notre bonheur :
mais que la jouissance du plaisir, la volupté, ...
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