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Un autre mondeJ.-H. Rosny aîné1895Sommaire1 I2 II3 III4 IV5 V6 VI7 VII8 VIII9 IX10 X11 NotesIJe suis natif de la Gueldre. Notre patrimoine se réduit à quelques acres de bruyèreet d’eau jaune. Des pins croissent sur la bordure, qui frémissent avec un bruit demétal. La ferme n’a plus que de rares chambres habitables et meurt pierre à pierredans la solitude. Nous sommes d’une vieille famille de pasteurs, jadis nombreuse,maintenant réduite à mes parents, ma sueur et moi-même.Ma destinée, assez lugubre au début, est devenue la plus belle que je connaisse :j’ai rencontré Celui qui m’a compris ; il enseignera ce que je suis seul à savoirparmi les hommes. Mais longtemps j’ai souffert, j’ai désespéré, en proie au doute,à la solitude d’âme, qui finit par ronger jusqu’aux certitudes absolues.Je vins au monde avec une organisation unique. Dès l’abord, je fus un objetd’étonnement. Non que je parusse mal conformé : j’étais, m’a-t-on dit, plus gracieuxde corps et de visage qu’on ne l’est d’habitude en naissant. Mais j’avais le teint leplus extraordinaire, une espèce de violet pâle – très pâle, mais très net. À la lueurdes lampes, surtout des lampes à huile, cette nuance pâlissait encore, devenaitd’un blanc étrange, comme d’un lis immergé sous l’eau. C’est, du moins, la visiondes autres hommes : car moi-même je me vois différemment, comme je voisdifféremment tous les objets de ce monde. À cette première particularité s’enjoignaient d’autres qui se ...
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