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Le Chevalier doubleThéophile Gautier> Qui rend donc la blonde Edwige si triste ? que fait-elle assise à l’écart, le mentondans sa main et le coude au genou, plus morne que le désespoir, plus pâle que lastatue d’albâtre qui pleure sur un tombeau ?Du coin de sa paupière une grosse larme roule sur le duvet de sa joue, une seule,mais qui ne tarit jamais ; comme cette goutte d’eau qui suinte des voûtes du rocheret qui à la longue use le granit, cette seule larme, en tombant sans relâche de sesyeux sur son cœur, l’a percé et traversé à jour.Edwige, blonde Edwige, ne croyez-vous plus à Jésus-Christ le doux Sauveur ?doutez-vous de l’indulgence de la très sainte Vierge Marie ? Pourquoi portez-voussans cesse à votre flanc vos petites mains diaphanes, amaigries et fluettes commecelles des Elfes et des Willis ? Vous allez être mère ; c’était votre plus cher vœu ;votre noble époux, le comte Lodbrog, a promis un autel d’argent massif, un ciboired’or fin à l’église de Saint-Euthbert si vous lui donniez un fils.Hélas ! hélas ! la pauvre Edwige a le cœur percé des sept glaives de la douleur ; unterrible secret pèse sur son âme. Il y a quelque mois, un étranger est venu auchâteau ; il faisait un terrible temps cette nuit-là : les tours tremblaient dans leurcharpente, les girouettes piaulaient, le feu rampait dans la cheminée, et le ventfrappait à la vitre comme un importun qui veut entrer.L’étranger était beau comme un ange, mais comme un ange tombé ; il ...
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Français