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La Main gaucheGuy de MaupassantUn soirL'Illustration, 19 et 26 janvier 1889> Le Kléber avait stoppé, et je regardais de mes yeux ravis l'admirable golfe deBougie qui s'ouvrait devant nous. Les forêts kabyles couvraient les hautesmontagnes ; les sables jaunes, au loin, faisaient à la mer une rive de poudre d'or, etle soleil tombait en torrents de feu sur les maisons blanches de la petite ville.La brise chaude, la brise d'Afrique, apportait à mon coeur joyeux l'odeur du désert,l'odeur du grand continent mystérieux où l'homme du Nord ne pénètre guère.Depuis trois mois, j'errais sur le bord de ce monde profond et inconnu, sur le rivagede cette terre fantastique de l'autruche, du chameau, de la gazelle, del'hippopotame, du gorille, de l'éléphant et du nègre. J'avais vu l'Arabe galoper dansle vent, comme un drapeau qui flotte et vole et passe, j'avais couché sous la tentebrune, dans la demeure vagabonde de ces oiseaux blancs du désert. J'étais ivre delumière, de fantaisie et d'espace.Maintenant, après cette dernière excursion, il faudrait partir, retourner en France,revoir Paris, la ville du bavardage inutile, des soucis, médiocres et des poignéesde mains sans nombre. Je dirais adieu aux choses aimées, si nouvelles, à peineentrevues, tant regrettées.Une flotte de barques entourait le paquebot. Je sautai dans l'une d'elles où ramaitun négrillon, et je fus bientôt sur le quai, près de la vieille porte sarrazine, dont laruine grise, à l'entrée de la cité ...
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Français