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3
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Français
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Description
Les Sœurs Rondoli
Guy de Maupassant
Un sage
Gil Blas, 4 décembre 1883
UN SAGE
Au baron de Vaux.
Blérot était mon ami d’enfance, mon plus cher camarade; nous n’avions rien de secret. Nous étions liés par une amitié profonde des
cœurs et des esprits, une intimité fraternelle, une confiance absolue l’un dans l’autre. Il me disait ses plus délicates pensées, jusqu’à
ces petites hontes de la conscience qu’on ose à peine s’avouer à soi-même. J`en faisais autant pour lui.
J’avais été confident de toutes ses amours. Il l’avait été de toutes les miennes.
Quand il m’annonça qu’il allait se marier, j’en fus blessé comme d’une trahison. Je sentis que c’était fini de cette cordiale et absolue
affection qui nous unissait. Sa femme était entre nous. L'intimité du lit établit entre deux êtres, même quand ils ont cessé de s’aimer,
une sorte de complicité, d’alliance mystérieuse. Ils sont, l’homme et la femme, comme deux associés discrets qui se défient de tout le
monde. Mais ce lien si serré, que noue le baiser conjugal, cesse brusquement du jour où la femme prend un amant.
Je me rappelle comme d’hier toute la cérémonie du mariage de Blérot. Je n’avais pas voulu assister au contrat, ayant peu de goût
pour ces sortes d’événements; j’allai seulement à la mairie et à l’église.
Sa femme, que je ne connaissais point, était une grande jeune fille blonde, un peu mince, jolie, avec des yeux pâles, des cheveux
pâles, un teint pâle, des mains pâles. Elle marchait avec un léger mouvement onduleux, ...
Guy de Maupassant
Un sage
Gil Blas, 4 décembre 1883
UN SAGE
Au baron de Vaux.
Blérot était mon ami d’enfance, mon plus cher camarade; nous n’avions rien de secret. Nous étions liés par une amitié profonde des
cœurs et des esprits, une intimité fraternelle, une confiance absolue l’un dans l’autre. Il me disait ses plus délicates pensées, jusqu’à
ces petites hontes de la conscience qu’on ose à peine s’avouer à soi-même. J`en faisais autant pour lui.
J’avais été confident de toutes ses amours. Il l’avait été de toutes les miennes.
Quand il m’annonça qu’il allait se marier, j’en fus blessé comme d’une trahison. Je sentis que c’était fini de cette cordiale et absolue
affection qui nous unissait. Sa femme était entre nous. L'intimité du lit établit entre deux êtres, même quand ils ont cessé de s’aimer,
une sorte de complicité, d’alliance mystérieuse. Ils sont, l’homme et la femme, comme deux associés discrets qui se défient de tout le
monde. Mais ce lien si serré, que noue le baiser conjugal, cesse brusquement du jour où la femme prend un amant.
Je me rappelle comme d’hier toute la cérémonie du mariage de Blérot. Je n’avais pas voulu assister au contrat, ayant peu de goût
pour ces sortes d’événements; j’allai seulement à la mairie et à l’église.
Sa femme, que je ne connaissais point, était une grande jeune fille blonde, un peu mince, jolie, avec des yeux pâles, des cheveux
pâles, un teint pâle, des mains pâles. Elle marchait avec un léger mouvement onduleux, ...
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