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4
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Français
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Description
Miss Harriet
Guy de Maupassant
Regret
Le Gaulois, 4 novembre 1883
M. Saval, qu'on appelle dans Mantes " le père Saval ", vient de se lever. Il pleut.
C'est un triste jour d'automne; les feuilles tombent. Elles tombent lentement dans la
pluie, comme une autre pluie plus épaisse et plus lente. M. Saval n'est pas gai. Il va
de sa cheminée à sa fenêtre et de sa fenêtre à sa cheminée. La vie a des jours
sombres. Elle n'aura plus que des jours sombres pour lui maintenant, car il a
soixante-deux ans ! Il est seul, vieux garçon, sans personne autour de lui. Comme
c'est triste de mourir ainsi, tout seul, sans une affection dévouée !
Il songe à son existence si nue, si vide. Il se rappelle, dans l'ancien passé, dans le
passé de son enfance, la maison, la maison avec les parents ; puis le collège, les
sorties, le temps de son droit à Paris. Puis la maladie du père, sa mort. Il est revenu
habiter avec sa mère. Ils ont vécu tous les deux, le jeune homme et la vieille femme,
paisiblement, sans rien désirer de plus. Elle est morte aussi. Que c'est triste, la vie !
Il est resté seul. Et maintenant il mourra bientôt à son tour. Il disparaîtra, lui, et ce
sera fini. Il n'y aura plus de M. Paul Saval sur la terre. Quelle affreuse chose!
D'autres gens vivront, s'aimeront, riront. Oui, on s'amusera et il n'existera plus, lui !
Est-ce étrange qu'on puisse rire, s'amuser, être joyeux sous cette éternelle certitude
de la mort. Si elle était seulement probable, cette mort, on pourrait encore ...
Guy de Maupassant
Regret
Le Gaulois, 4 novembre 1883
M. Saval, qu'on appelle dans Mantes " le père Saval ", vient de se lever. Il pleut.
C'est un triste jour d'automne; les feuilles tombent. Elles tombent lentement dans la
pluie, comme une autre pluie plus épaisse et plus lente. M. Saval n'est pas gai. Il va
de sa cheminée à sa fenêtre et de sa fenêtre à sa cheminée. La vie a des jours
sombres. Elle n'aura plus que des jours sombres pour lui maintenant, car il a
soixante-deux ans ! Il est seul, vieux garçon, sans personne autour de lui. Comme
c'est triste de mourir ainsi, tout seul, sans une affection dévouée !
Il songe à son existence si nue, si vide. Il se rappelle, dans l'ancien passé, dans le
passé de son enfance, la maison, la maison avec les parents ; puis le collège, les
sorties, le temps de son droit à Paris. Puis la maladie du père, sa mort. Il est revenu
habiter avec sa mère. Ils ont vécu tous les deux, le jeune homme et la vieille femme,
paisiblement, sans rien désirer de plus. Elle est morte aussi. Que c'est triste, la vie !
Il est resté seul. Et maintenant il mourra bientôt à son tour. Il disparaîtra, lui, et ce
sera fini. Il n'y aura plus de M. Paul Saval sur la terre. Quelle affreuse chose!
D'autres gens vivront, s'aimeront, riront. Oui, on s'amusera et il n'existera plus, lui !
Est-ce étrange qu'on puisse rire, s'amuser, être joyeux sous cette éternelle certitude
de la mort. Si elle était seulement probable, cette mort, on pourrait encore ...
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