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4
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Français
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Description
Yvette
Guy de Maupassant
Promenade
Gil Blas, 27 mai 1884
Quand le père Leras, teneur de livres chez MM. Labuze et Cie sortit du magasin, il
demeura quelques instants ébloui par l'éclat du soleil couchant. Il avait travaillé tout
le jour sous la lumière jaune du bec de gaz, au fond de l'arrière-boutique, sur la cour
étroite et profonde comme un puits. La petite pièce où depuis quarante ans il
passait ses journées était si sombre que, même dans le fort de l'été c'est à peine si
on pouvait se dispenser de l'éclairer de onze heures à trois heures.
Il y faisait toujours humide et froid; et les émanations de cette sorte de fosse où
s'ouvrait la fenêtre entraient dans la pièce obscure, l'emplissaient d'une odeur
moisie et d'une puanteur d'égout.
M. Leras, depuis quarante ans, arrivait, chaque matin, à huit heures, dans cette
prison; et il y demeurait jusqu'à sept heures du soir, courbé sur ses livres, écrivant
avec une application de bon employé.
Il gagnait maintenant trois mille francs par an, ayant débuté à quinze cents francs. Il
était demeuré célibataire, ses moyens ne lui permettant pas de prendre femme. Et
n'ayant jamais joui de rien, il ne désirait pas grand'chose. De temps en temps,
cependant, las de sa besogne monotone et continue, il formulait un vœu platonique:
"Cristi, si j'avais cinq mille livres de rentes, je me la coulerais douce."
Il ne se l'était jamais coulée douce, d'ailleurs, n'ayant jamais eu que ses
appointements mensuels.
Sa vie s'était passée sans ...
Guy de Maupassant
Promenade
Gil Blas, 27 mai 1884
Quand le père Leras, teneur de livres chez MM. Labuze et Cie sortit du magasin, il
demeura quelques instants ébloui par l'éclat du soleil couchant. Il avait travaillé tout
le jour sous la lumière jaune du bec de gaz, au fond de l'arrière-boutique, sur la cour
étroite et profonde comme un puits. La petite pièce où depuis quarante ans il
passait ses journées était si sombre que, même dans le fort de l'été c'est à peine si
on pouvait se dispenser de l'éclairer de onze heures à trois heures.
Il y faisait toujours humide et froid; et les émanations de cette sorte de fosse où
s'ouvrait la fenêtre entraient dans la pièce obscure, l'emplissaient d'une odeur
moisie et d'une puanteur d'égout.
M. Leras, depuis quarante ans, arrivait, chaque matin, à huit heures, dans cette
prison; et il y demeurait jusqu'à sept heures du soir, courbé sur ses livres, écrivant
avec une application de bon employé.
Il gagnait maintenant trois mille francs par an, ayant débuté à quinze cents francs. Il
était demeuré célibataire, ses moyens ne lui permettant pas de prendre femme. Et
n'ayant jamais joui de rien, il ne désirait pas grand'chose. De temps en temps,
cependant, las de sa besogne monotone et continue, il formulait un vœu platonique:
"Cristi, si j'avais cinq mille livres de rentes, je me la coulerais douce."
Il ne se l'était jamais coulée douce, d'ailleurs, n'ayant jamais eu que ses
appointements mensuels.
Sa vie s'était passée sans ...
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