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Guy de MaupassantM e n u e tContes de la bécasse, V. Havard, 1894 (pp. 69-80).À Paul BourgetLes grands malheurs ne m'attristent guère, dit Jean Bridelle, un vieux garçon qui passait pour sceptique. j'ai vu la guerre de bienprès : j'enjambais les corps sans apitoiement. Les fortes brutalités de la nature ou des hommes peuvent nous faire pousser des crisd'horreur ou d'indignation, mais ne nous donnent point ce pincement au cœur, ce frisson qui vous passe dans le dos à la vue decertaines petites choses navrantes.La plus violente douleur qu'on puisse éprouver, certes, est la perte d'un enfant pour une mère, et la perte de la mère pour un homme.Cela est violent, terrible, cela bouleverse et déchire ; mais on guérit de ces catastrophes comme de larges blessurent saignantes. Or,certaines rencontres, certaines choses entr'aperçues, devinées, certains chagrins secrets, certaines perfidies du sort, qui remuent ennous tout un monde douloureux de pensées, qui entr'ouvrent devant nous brusquement la porte mystérieuse des souffrances morales,compliquées, incurables, d'autant plus profondes qu'elles semblent bénignes, d'autant plus cuisantes qu'elles semblent presqueinsaisissables, d'autant plus tenaces qu'elles semblent factices, nous laissent à l'âme comme une traînée, un goût d'amertume, unesensation de désenchantement dont nous sommes longtemps à nous débarrasser.J'ai toujours devant les yeux deux ou trois choses que d'autres n'eussent point remarquées assurément, et ...
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