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3
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Français
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Description
Contes divers (1883)
Guy de Maupassant
M. Jocaste
Gil Blas, 23 janvier 1883
Madame, vous rappelez-vous notre grande querelle, un soir, dans le petit salon
japonais, à propos de ce père qui commit un inceste ? Vous rappelez-vous votre
indignation, les mots violents que vous me jetiez, toute l’exaltation de votre colère,
et vous rappelez-vous tout ce que j’ai dit pour défendre cet homme ? Vous m’avez
condamné. J’en appelle.
Personne au monde, prétendiez-vous, personne ne pourrait absoudre l’infamie dont
je me faisais l’avocat. Je vais aujourd’hui raconter ce drame en public.
Peut-être se trouvera-t-il quelqu’un, non pour excuser le fait immonde et brutal, mais
pour comprendre qu’on ne peut lutter contre certaines fatalités qui semblent des
fantaisies horribles de la nature toute-puissante !
On l’avait mariée à seize ans, avec un homme vieux et dur, un homme d’affaires,
avide de sa dot. C’était une mignonne créature blonde, gaie et rêveuse en même
temps, avec de grands appétits de bonheur idéal. La désillusion lui tomba sur le
cœur et le broya. Elle comprit tout d’un coup la vie, l’avenir perdu, le désastre de
ses espérances, et un seul désir lui demeura dans l’âme, celui d’avoir un enfant
pour occuper son amour.
Elle n’en eut pas.
Deux ans se passèrent. Elle aima. C’était un jeune homme de vingt-trois ans, qui
l’adorait à commettre toutes les folies pour elle. Elle résista cependant résolument
et longtemps. Il s’appelait Pierre Martel.
Mais, un soir d’hiver, ils se ...
Guy de Maupassant
M. Jocaste
Gil Blas, 23 janvier 1883
Madame, vous rappelez-vous notre grande querelle, un soir, dans le petit salon
japonais, à propos de ce père qui commit un inceste ? Vous rappelez-vous votre
indignation, les mots violents que vous me jetiez, toute l’exaltation de votre colère,
et vous rappelez-vous tout ce que j’ai dit pour défendre cet homme ? Vous m’avez
condamné. J’en appelle.
Personne au monde, prétendiez-vous, personne ne pourrait absoudre l’infamie dont
je me faisais l’avocat. Je vais aujourd’hui raconter ce drame en public.
Peut-être se trouvera-t-il quelqu’un, non pour excuser le fait immonde et brutal, mais
pour comprendre qu’on ne peut lutter contre certaines fatalités qui semblent des
fantaisies horribles de la nature toute-puissante !
On l’avait mariée à seize ans, avec un homme vieux et dur, un homme d’affaires,
avide de sa dot. C’était une mignonne créature blonde, gaie et rêveuse en même
temps, avec de grands appétits de bonheur idéal. La désillusion lui tomba sur le
cœur et le broya. Elle comprit tout d’un coup la vie, l’avenir perdu, le désastre de
ses espérances, et un seul désir lui demeura dans l’âme, celui d’avoir un enfant
pour occuper son amour.
Elle n’en eut pas.
Deux ans se passèrent. Elle aima. C’était un jeune homme de vingt-trois ans, qui
l’adorait à commettre toutes les folies pour elle. Elle résista cependant résolument
et longtemps. Il s’appelait Pierre Martel.
Mais, un soir d’hiver, ils se ...
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