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Contes divers (1885)Guy de MaupassantLettre d’un fouGil Blas, 17 février 1885Mon cher docteur, je me mets entre vos mains. Faites de moi ce qu’il vous plaira.Je vais vous dire bien franchement mon étrange état d’esprit, et vous apprécierezs’il ne vaudrait pas mieux qu’on prît soin de moi pendant quelque temps dans unemaison de santé plutôt que de me laisser en proie aux hallucinations et auxsouffrances qui me harcèlent.Voici l’histoire, longue et exacte, du mal singulier de mon âme.Je vivais comme tout le monde, regardant la vie avec les yeux ouverts et aveuglesde l’homme, sans m’étonner et sans comprendre. Je vivais comme vivent les bêtes,comme nous vivons tous, accomplissant toutes les fonctions de l’existence,examinant et croyant voir, croyant savoir, croyant connaître ce qui m’entoure, quand,un jour, je me suis aperçu que tout est faux.C’est une phrase de Montesquieu qui a éclairé brusquement ma pensée. La voici :« Un organe de plus ou de moins dans notre machine nous aurait fait une autreintelligence.« … Enfin, toutes les lois établies sur ce que notre machine est d’une certaine façonseraient différentes si notre machine n’était pas de cette façon. » J’ai réfléchi à celapendant des mois, des mois et des mois, et, peu à peu, une étrange clarté estentrée en moi, et cette clarté y a fait la nuit.En effet, nos organes sont les seuls intermédiaires entre le monde extérieur etnous. C’est-à-dire que l’être intérieur, qui constitue le moi, se trouve ...
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Français