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Français
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Yvette
Guy de Maupassant
Les Idées du Colonel
Le Gaulois, 9 juin 1884
– Ma foi, dit le colonel Laporte, je suis vieux, j’ai la goutte, les jambes raides
comme des poteaux de barrière, et cependant, si une femme, une jolie femme,
m’ordonnait de passer par le trou d’une aiguille, je crois que j’y sauterais comme un
clown dans un cerceau. Je mourrai ainsi, c’est dans le sang. Je suis un vieux
galantin, moi, un vieux de la vieille école. La vue d’une femme, d’une jolie femme,
me remue jusque dans mes bottes. Voilà.
D’ailleurs nous sommes tous un peu pareils, en France, messieurs. Nous restons
des chevaliers quand même, les chevaliers de l’amour et du hasard, puisqu’on a
supprimé Dieu, dont nous étions vraiment les gardes du corps.
Mais la femme, voyez-vous, on ne l’enlèvera pas de nos cœurs. Elle y est, elle y
reste. Nous l’aimons, nous l’aimerons, nous ferons pour elle toutes les folies, tant
qu’il y aura une France sur la carte d’Europe. Et même si on escamote la France, il
restera toujours des Français.
Moi, devant les yeux d’une femme, d’une jolie femme, je me sens capable de tout.
Sacristi ! quand je sens entrer en moi son regard, son sacré nom de regard, qui
vous met du feu dans les veines, j’ai envie de je ne sais quoi, de me battre, de
lutter, de casser des meubles, de montrer que je suis le plus fort, le plus brave, le
plus hardi et le plus dévoué des hommes.
Mais je ne suis pas le seul, non vraiment ; toute l’armée française est comme moi,
je vous le jure. Depuis ...
Guy de Maupassant
Les Idées du Colonel
Le Gaulois, 9 juin 1884
– Ma foi, dit le colonel Laporte, je suis vieux, j’ai la goutte, les jambes raides
comme des poteaux de barrière, et cependant, si une femme, une jolie femme,
m’ordonnait de passer par le trou d’une aiguille, je crois que j’y sauterais comme un
clown dans un cerceau. Je mourrai ainsi, c’est dans le sang. Je suis un vieux
galantin, moi, un vieux de la vieille école. La vue d’une femme, d’une jolie femme,
me remue jusque dans mes bottes. Voilà.
D’ailleurs nous sommes tous un peu pareils, en France, messieurs. Nous restons
des chevaliers quand même, les chevaliers de l’amour et du hasard, puisqu’on a
supprimé Dieu, dont nous étions vraiment les gardes du corps.
Mais la femme, voyez-vous, on ne l’enlèvera pas de nos cœurs. Elle y est, elle y
reste. Nous l’aimons, nous l’aimerons, nous ferons pour elle toutes les folies, tant
qu’il y aura une France sur la carte d’Europe. Et même si on escamote la France, il
restera toujours des Français.
Moi, devant les yeux d’une femme, d’une jolie femme, je me sens capable de tout.
Sacristi ! quand je sens entrer en moi son regard, son sacré nom de regard, qui
vous met du feu dans les veines, j’ai envie de je ne sais quoi, de me battre, de
lutter, de casser des meubles, de montrer que je suis le plus fort, le plus brave, le
plus hardi et le plus dévoué des hommes.
Mais je ne suis pas le seul, non vraiment ; toute l’armée française est comme moi,
je vous le jure. Depuis ...
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