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La Main gaucheGuy de MaupassantLes ÉpinglesGil Blas, 10 janvier 1888> – Ah ! mon cher, quelles rosses, les femmes !– Pourquoi dis-tu ça ?– C’est qu’elles m’ont joué un tour abominable.– À toi ?– Oui, à moi.– Les femmes, ou une femme ?– Deux femmes.– Deux femmes en même temps ?– Oui.– Quel tour ?Les deux jeunes gens était assis devant un grand café du boulevard et buvaient desliqueurs mélangées d’eau, ces apéritifs qui ont l’air d’infusions faites avec toutesles nuances d’une boîte d’aquarelle.Ils avaient à peu près le même âge : vingt-cinq à trente ans. L’un était blond etl’autre brun. Ils avaient la demi-élégance des coulissiers, des hommes qui vont à laBourse et dans les salons, qui fréquentent partout, vivent partout, aiment partout. Lebrun reprit :– Je t’ai dit ma liaison, n’est-ce pas, avec cette petite bourgeoise rencontrée sur laplage de Dieppe ?– Oui.– Mon cher, tu sais ce que c’est. J’avais une maîtresse à Paris, une que j’aimeinfiniment, une vieille amie, une bonne amie, une habitude enfin, et j’y tiens.– À ton habitude ?– Oui, à mon habitude et à elle. Elle est mariée aussi avec un brave homme, quej’aime beaucoup également, un bon garçon très cordial, un vrai camarade ! Enfinc’est une maison où j’avais logé ma vie.– Eh bien ?– Eh bien ! ils ne peuvent pas quitter Paris, ceux-là, et je me suis trouvé veuf àDieppe.– Pourquoi allais-tu à Dieppe ?– Pour changer d’air. On ne peut pas rester tout le temps sur le boulevard.– Alors ...
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