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Contes divers (1883)
Guy de Maupassant
Les Caresses
Gil Blas, 14 août 1883
Non, mon ami, n’y songez plus. Ce que vous me demandez me révolte et me
dégoûte. On dirait que Dieu, car je crois à Dieu, moi, a voulu jadis tout ce qu’il a fait
de bon en y joignant quelque chose d’horrible. Il nous avait donné l’amour, la plus
douce chose qui soit au monde, mais trouvant cela trop beau et trop pur pour nous,
il a imaginé les sens, les sens ignobles, sales, révoltants, brutaux, les sens qu’il a
façonnés comme par dérision et qu’il a mêlés aux ordures du corps, qu’il a conçus
de telle sorte que nous n’y pouvons songer sans rougir, que nous n’en pouvons
parler qu’à voix basse. Leur acte affreux est enveloppé de honte. Il se cache, révolte
l’âme, blesse les yeux, et honni par la morale, poursuivi par la loi, il se commet dans
l’ombre, comme s’il était criminel.
Ne me parlez jamais de cela, jamais !
Je ne sais point si je vous aime, mais je sais que je me plais près de vous, que
votre regard m’est doux et que votre voix me caresse le cœur. Du jour où vous
auriez obtenu de ma faiblesse ce que vous désirez, vous me deviendrez odieux. Le
lien délicat qui nous attache l’un à l’autre serait brisé. Il y aurait entre nous un abîme
d’infamies.
Restons ce que nous sommes. Et… aimez-moi si vous voulez, Je le permets.
Votre amie,
GENEVIÈVE.
Madame, voulez-vous me permettre à mon tour de vous parler brutalement, sans
ménagements galants, comme je parlerais à un ami qui voudrait prononcer ...
Guy de Maupassant
Les Caresses
Gil Blas, 14 août 1883
Non, mon ami, n’y songez plus. Ce que vous me demandez me révolte et me
dégoûte. On dirait que Dieu, car je crois à Dieu, moi, a voulu jadis tout ce qu’il a fait
de bon en y joignant quelque chose d’horrible. Il nous avait donné l’amour, la plus
douce chose qui soit au monde, mais trouvant cela trop beau et trop pur pour nous,
il a imaginé les sens, les sens ignobles, sales, révoltants, brutaux, les sens qu’il a
façonnés comme par dérision et qu’il a mêlés aux ordures du corps, qu’il a conçus
de telle sorte que nous n’y pouvons songer sans rougir, que nous n’en pouvons
parler qu’à voix basse. Leur acte affreux est enveloppé de honte. Il se cache, révolte
l’âme, blesse les yeux, et honni par la morale, poursuivi par la loi, il se commet dans
l’ombre, comme s’il était criminel.
Ne me parlez jamais de cela, jamais !
Je ne sais point si je vous aime, mais je sais que je me plais près de vous, que
votre regard m’est doux et que votre voix me caresse le cœur. Du jour où vous
auriez obtenu de ma faiblesse ce que vous désirez, vous me deviendrez odieux. Le
lien délicat qui nous attache l’un à l’autre serait brisé. Il y aurait entre nous un abîme
d’infamies.
Restons ce que nous sommes. Et… aimez-moi si vous voulez, Je le permets.
Votre amie,
GENEVIÈVE.
Madame, voulez-vous me permettre à mon tour de vous parler brutalement, sans
ménagements galants, comme je parlerais à un ami qui voudrait prononcer ...
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