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3
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Français
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Description
Contes divers (1883)
Guy de Maupassant
Le Père Judas
Le Gaulois, 28 février 1883
Tout ce pays était surprenant, marqué d'un caractère de grandeur presque
religieuse et de désolation sinistre.
Au milieu d'un vaste cercle de collines nues, où ne poussaient que des ajoncs, et,
de place en place, un chêne bizarre tordu par le vent, s'étendait un vaste étang
sauvage, d'une eau noire et dormante, où frissonnaient des milliers de roseaux.
Une seule maison sur les bords de ce lac sombre, une petite maison basse habitée
par un vieux batelier, le père Joseph, qui vivait du produit de sa pêche. Chaque
semaine il portait son poisson dans les villages voisins et revenait avec les simples
provisions qu'il lui fallait pour vivre.
Je voulus voir ce solitaire, qui m'offrit d'aller lever ses nasses.
Et j'acceptai.
Sa barque était vieille, vermoulue et grossière. Et lui, osseux et maigre, ramait d'un
mouvement monotone et doux qui berçait l'esprit, enveloppé déjà dans la tristesse
de l'horizon.
Je me croyais transporté aux premiers temps du monde, au milieu de ce paysage
antique, dans ce bateau primitif que gouvernait cet homme d'un autre âge.
Il leva ses filets, et il jetait les poissons à ses pieds avec des gestes de pêcheur
biblique. Puis il me voulut promener jusqu'au bout du marécage, et soudain
j'aperçus, sur l'autre bord, une ruine, une chaumière éventrée dont le mur portait une
croix, une croix énorme et rouge, qu'on aurait dit tracée avec du sang, sous les
dernières lueurs du ...
Guy de Maupassant
Le Père Judas
Le Gaulois, 28 février 1883
Tout ce pays était surprenant, marqué d'un caractère de grandeur presque
religieuse et de désolation sinistre.
Au milieu d'un vaste cercle de collines nues, où ne poussaient que des ajoncs, et,
de place en place, un chêne bizarre tordu par le vent, s'étendait un vaste étang
sauvage, d'une eau noire et dormante, où frissonnaient des milliers de roseaux.
Une seule maison sur les bords de ce lac sombre, une petite maison basse habitée
par un vieux batelier, le père Joseph, qui vivait du produit de sa pêche. Chaque
semaine il portait son poisson dans les villages voisins et revenait avec les simples
provisions qu'il lui fallait pour vivre.
Je voulus voir ce solitaire, qui m'offrit d'aller lever ses nasses.
Et j'acceptai.
Sa barque était vieille, vermoulue et grossière. Et lui, osseux et maigre, ramait d'un
mouvement monotone et doux qui berçait l'esprit, enveloppé déjà dans la tristesse
de l'horizon.
Je me croyais transporté aux premiers temps du monde, au milieu de ce paysage
antique, dans ce bateau primitif que gouvernait cet homme d'un autre âge.
Il leva ses filets, et il jetait les poissons à ses pieds avec des gestes de pêcheur
biblique. Puis il me voulut promener jusqu'au bout du marécage, et soudain
j'aperçus, sur l'autre bord, une ruine, une chaumière éventrée dont le mur portait une
croix, une croix énorme et rouge, qu'on aurait dit tracée avec du sang, sous les
dernières lueurs du ...
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