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Description
Clair de lune
Guy de Maupassant
La Reine Hortense
Gil Blas, 24 avril 1883
On l'appelait, dans Argenteuil, la reine Hortense. Personne ne sut jamais pourquoi.
Peut-être parce qu'elle parlait ferme comme un officier qui commande ? Peut-être
parce qu'elle était grande, osseuse, impérieuse ? Peut-être parce qu'elle
gouvernait un peuple de bêtes domestiques, poules, chiens, chats, serins et
perruches, de ces bêtes chères aux vieilles filles ? Mais elle n'avait pour ces
animaux familiers ni gâteries, ni mot mignards, ni ces puériles tendresses qui
semblent couler des lèvres des femmes sur le poil velouté du chat qui ronronne. Elle
gouvernait ses bêtes avec autorité, elle régnait.
C'était une vieille fille, en effet, une de ces vieilles filles à la voix cassante, au geste
sec, dont l'âme semble dure. Elle avait toujours eu de jeunes bonnes, parce que la
jeunesse se plie mieux aux brusques volontés. Elle n'admettait jamais ni
contradiction, ni réplique, ni hésitation, ni nonchalance, ni paresse, ni fatigue.
Jamais on ne l'avait entendue se plaindre, regretter quoi que ce fût, envier n'importe
qui. Elle disait "Chacun sa part" avec une conviction de fataliste. Elle n'allait pas à
l'église, n'aimait pas les prêtres, ne croyait guère à Dieu, appelant toutes les
choses religieuses de la "marchandise à pleureurs".
Depuis trente ans qu'elle habitait sa petite maison, précédée d'un petit jardin
longeant la rue, elle n'avait jamais modifié ses habitudes, ne changeant que ses
bonnes ...
Guy de Maupassant
La Reine Hortense
Gil Blas, 24 avril 1883
On l'appelait, dans Argenteuil, la reine Hortense. Personne ne sut jamais pourquoi.
Peut-être parce qu'elle parlait ferme comme un officier qui commande ? Peut-être
parce qu'elle était grande, osseuse, impérieuse ? Peut-être parce qu'elle
gouvernait un peuple de bêtes domestiques, poules, chiens, chats, serins et
perruches, de ces bêtes chères aux vieilles filles ? Mais elle n'avait pour ces
animaux familiers ni gâteries, ni mot mignards, ni ces puériles tendresses qui
semblent couler des lèvres des femmes sur le poil velouté du chat qui ronronne. Elle
gouvernait ses bêtes avec autorité, elle régnait.
C'était une vieille fille, en effet, une de ces vieilles filles à la voix cassante, au geste
sec, dont l'âme semble dure. Elle avait toujours eu de jeunes bonnes, parce que la
jeunesse se plie mieux aux brusques volontés. Elle n'admettait jamais ni
contradiction, ni réplique, ni hésitation, ni nonchalance, ni paresse, ni fatigue.
Jamais on ne l'avait entendue se plaindre, regretter quoi que ce fût, envier n'importe
qui. Elle disait "Chacun sa part" avec une conviction de fataliste. Elle n'allait pas à
l'église, n'aimait pas les prêtres, ne croyait guère à Dieu, appelant toutes les
choses religieuses de la "marchandise à pleureurs".
Depuis trente ans qu'elle habitait sa petite maison, précédée d'un petit jardin
longeant la rue, elle n'avait jamais modifié ses habitudes, ne changeant que ses
bonnes ...
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