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Anatole FranceL’Étui de nacreCalmann-Lévy, 1899 (pp. 109-119).Voici ce que le sacristain de l’église Sainte-Eulalie, à la Neuville-d’Aumont, m’aconté sous la treille du Cheval-Blanc, par une belle soirée d’été, en buvant unebouteille de vin vieux à la santé d’un mort très à son aise, qu’il avait le matin mêmeporté en terre avec honneur, sous un drap semé de belles larmes d’argent.— Feu mon pauvre père (c’est le sacristain qui parle) était de son vivant fossoyeur.Il avait l’esprit agréable, et c’était sans doute un effet de son état, car on a remarquéque les personnes qui travaillent dans les cimetières sont d’humeur joviale. La mortne les effraie point : ils n’y pensent jamais. Moi qui vous parle, monsieur, j’entredans un cimetière, la nuit, aussi tranquillement que sous la tonnelle du Cheval-Blanc. Et si, d’aventure, je rencontre un revenant, je ne m’en inquiète point, par cetteconsidération qu’il peut bien aller à ses affaires comme je vais aux miennes. Jeconnais les habitudes des morts et leur caractère. Je sais à ce sujet des chosesque les prêtres eux-mêmes ne savent pas. Et si je contais tout ce que j’ai vu, vousseriez étonné. Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, et mon père, quipourtant aimait à conter des histoires, n’a pas révélé la vingtième partie de ce qu’ilsavait. En revanche, il répétait souvent les mêmes récits, et il a bien narré cent fois,à ma connaissance, l’aventure de Catherine Fontaine.Catherine Fontaine était une ...
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