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Histoire de fleursArmand Silvestre(Histoires belles et honnestes)1883IVous avez raison, marquise. Il s’en va temps que je me réhabilite aux yeux de meslectrices par quelque aventure bien poétique, par quelque bouquet à Chloris, et quele conteur gaulois fasse place à l’homme du monde. Or, de quoi mieux parler auxdames que de leurs sœurs naturelles, que de leurs rivales en beauté et en parfum,les reines de nos parterres ? A moi l’aimable palette où se broient côte à côte laneige des lys, le sang des roses et le cœur d’argent des camélias !Donc, madame la comtesse Berthe de Fessaride adorait les fleurs, les œilletssurtout, et vous ne l’auriez jamais rencontrée dans les larges allées de son parcsans une de ces caryophyllées (ô botanique, j’admirerai toujours tes noms !) piquéedans sa brune chevelure.Il ne faut pas des gens juger sur l’apparence,dit un vers justement renommé pour son lyrisme, ni des personnes par leur nom.Mme la comtesse Berthe de Fessaride était l’antiphrase du sien, assez mignonnede corsage, mais assise sur un coussin naturel dont Antiope, elle-même, la femmela mieux rembourrée de l’antiquité, eût été fière. Ce joli morceau de croupe étaitsurmonté, d’une part, par un buste aimable et une physionomie riante éclairée dedeux yeux bleus ; posé, de l’autre, sur deux jambes d’un fort noble dessin et deuxpieds d’enfant. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre. Enfin, M. deFessaride, son époux, eût pu être un homme parfaitement heureux ...
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