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La Main gaucheGuy de MaupassantHautot père et filsL'Écho de Paris, 5 janvier 1889I> Devant la porte de la maison, demi-ferme, demi-manoir, une de ces habitationsrurales mixtes qui furent presque seigneuriales et qu’occupent à présent de groscultivateurs, les chiens, attachés aux pommiers de la cour, aboyaient et hurlaient àla vue des carnassières poilées par le garde et des gamins. Dans la grande salle àmanger-cuisine, Hautot père, Hautot fils, M. Bermont, le percepteur, et M. Mondaru,le notaire, cassaient une croûte et buvaient un verre avant de se mettre en chasse,car c’était jour d’ouverture.Hautot père, fier de tout ce qu’il possédait, vantait d’avance le gibier que ses invitésallaient trouver sur ses terres. C’était un grand Normand, un de ces hommespuissants, sanguins, osseux, qui lèvent sur leurs épaules des voitures de pommes.Demi-paysan, demi-monsieur, riche, respecté, influent, autoritaire, il avait fait suivreses classes, jusqu’en troisième, à son fils Hautot César, afin qu’il eût del’instruction, et il avait arrêté là ses études de peur qu’il devint un monsieurindifférent à la terre.Hautot César, presque aussi haut que son père, mais plus maigre, était un bongarçon de fils, docile, content de tout, plein d’admiration, de respect et dedéférence pour les volontés et les opinions de Hautot père.M. Bermont, le percepteur, un petit gros qui montrait sur ses joues rouges deminces réseaux de veines violettes pareils aux affluents et au cours ...
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