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5
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Français
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Description
Miss Harriet
Guy de Maupassant
Denis
Le Gaulois, 28 juin 1883
À Léon Chapron.
I
Monsieur Marambot ouvrit la lettre que lui remettait Denis, son serviteur, et il sourit.
Denis, depuis vingt ans dans la maison, petit homme trapu et jovial, qu’on citait
dans toute la contrée comme le modèle des domestiques, demanda :
– Monsieur est content, monsieur a reçu une bonne nouvelle ?
M. Marambot n’était pas riche. Ancien pharmacien de village, célibataire, il vivait
d’un petit revenu acquis avec peine en vendant des drogues aux paysans. Il
répondit :
– Oui, mon garçon. Le père Malois recule devant le procès dont je le menace ; je
recevrai demain mon argent. Cinq mille francs ne font pas de mal dans la caisse
d’un vieux garçon.
Et M. Marambot se frottait les mains. C’était un homme d’un caractère résigné,
plutôt triste que gai, incapable d’un effort prolongé, nonchalant dans ses affaires.
Il aurait pu certainement gagner une aisance plus considérable en profitant du
décès de confrères établis en des centres importants, pour aller occuper leur place
et prendre leur clientèle. Mais l’ennui de déménager, et la pensée de toutes les
démarches qu’il lui faudrait accomplir, l’avaient sans cesse retenu ; et il se
contentait de dire après deux jours de réflexion :
– Bast ! ce sera pour la prochaine fois. Je ne perds rien à attendre. Je trouverai
mieux peut-être.
Denis, au contraire, poussait son maître aux entreprises. D’un caractère actif, il
répétait sans cesse :
– Oh ! moi, si j’avais eu ...
Guy de Maupassant
Denis
Le Gaulois, 28 juin 1883
À Léon Chapron.
I
Monsieur Marambot ouvrit la lettre que lui remettait Denis, son serviteur, et il sourit.
Denis, depuis vingt ans dans la maison, petit homme trapu et jovial, qu’on citait
dans toute la contrée comme le modèle des domestiques, demanda :
– Monsieur est content, monsieur a reçu une bonne nouvelle ?
M. Marambot n’était pas riche. Ancien pharmacien de village, célibataire, il vivait
d’un petit revenu acquis avec peine en vendant des drogues aux paysans. Il
répondit :
– Oui, mon garçon. Le père Malois recule devant le procès dont je le menace ; je
recevrai demain mon argent. Cinq mille francs ne font pas de mal dans la caisse
d’un vieux garçon.
Et M. Marambot se frottait les mains. C’était un homme d’un caractère résigné,
plutôt triste que gai, incapable d’un effort prolongé, nonchalant dans ses affaires.
Il aurait pu certainement gagner une aisance plus considérable en profitant du
décès de confrères établis en des centres importants, pour aller occuper leur place
et prendre leur clientèle. Mais l’ennui de déménager, et la pensée de toutes les
démarches qu’il lui faudrait accomplir, l’avaient sans cesse retenu ; et il se
contentait de dire après deux jours de réflexion :
– Bast ! ce sera pour la prochaine fois. Je ne perds rien à attendre. Je trouverai
mieux peut-être.
Denis, au contraire, poussait son maître aux entreprises. D’un caractère actif, il
répétait sans cesse :
– Oh ! moi, si j’avais eu ...
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