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Histoires belles et honnestes1883Armand SilvestreChronique d’antanIAu temps où le roi Louis le onzième, de dévote mémoire, n’ayant, au contraire dugalant François Ier à Pavie, perdu à Péronne que l’honneur, se faisait le championde son peuple contre la noblesse, celle-ci n’avait, elle, pour se consoler des royalesvexations, que le vin et les ribaudes. Aussi jamais vie plus joyeuse ne fut menéedans les châteaux que sous son règne, lequel fut le plus merveilleux du monde pourles tonneliers et pour les filles folles de leurs corps, comme on disait en ce temps-là. Ces demoiselles éhontées hantaient dru les demeures seigneuriales et yfaisaient grande dépense que les pauvres diables de serfs finissaient toujours parpayer, ce qui ne les empêchait pas d’être enchantés du gouvernement. Car ceuxqui disent que le peuple de France est malaisé à conduire mentent impudemment,et il n’en est pas de plus aisé à duper par de belles paroles, comme nous l’avons vusouvent depuis. À courir ainsi les riches domaines en amoureuse compagnie,Isabeau, dite la Maudorée, pour ce qu’elle avait toujours, par des poudrescolorantes et autres engins de coquetterie, si ingénieusement altéré la vraie nuancede ses cheveux que personne ne la connaissait, avait acquis un bien considérable ;car elle était aussi prudente qu’aimable et ressemblait plutôt à la fourmi qui entassedes provisions pour l’hiver qu’à la cigale qui se donne tout entière, et sans soucides mauvais jours, aux ...
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