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7
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Français
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Description
Les Sœurs Rondoli
Guy de Maupassant
Châli
Gil Blas, 15 avril 1884
À Jean Béraud.
L’amiral de la Vallée, qui semblait assoupi dans son fauteuil, prononça de sa voix
de vieille femme : « J’ai eu, moi, une petite aventure d’amour, très singulière,
voulez-vous que je vous la dise ? »
Et il parla, sans remuer, du fond de son large siège, en gardant sur les lèvres ce
sourire ridé qui ne le quittait jamais, ce sourire à la Voltaire qui le faisait passer
pour un affreux sceptique.
I
J’avais trente ans alors, et j’étais lieutenant de vaisseau, quand on me chargea
d’une mission astronomique dans l’Inde centrale. Le gouvernement anglais me
donna tous les moyens nécessaires pour venir à bout de mon entreprise et je
m’enfonçai bientôt avec une suite de quelques hommes dans ce pays étrange,
surprenant, prodigieux.
Il faudrait vingt volumes pour raconter ce voyage. Je traversai des contrées
invraisemblablement magnifiques ; je fus reçu par des princes d’une beauté
surhumaine et vivant dans une incroyable magnificence. Il me sembla pendant deux
mois, que je marchais dans un poème, que je parcourais un royaume de féeries sur
le dos d’éléphants imaginaires. Je découvrais au milieu des forêts fantastiques des
ruines invraisemblables ; je trouvais, en des cités d’une fantaisie de songe, de
prodigieux monuments, fins et ciselés comme des bijoux, légers comme des
dentelles et énormes comme des montagnes, ces monuments, fabuleux, divins,
d’une grâce telle qu’on devient amoureux de leurs formes ...
Guy de Maupassant
Châli
Gil Blas, 15 avril 1884
À Jean Béraud.
L’amiral de la Vallée, qui semblait assoupi dans son fauteuil, prononça de sa voix
de vieille femme : « J’ai eu, moi, une petite aventure d’amour, très singulière,
voulez-vous que je vous la dise ? »
Et il parla, sans remuer, du fond de son large siège, en gardant sur les lèvres ce
sourire ridé qui ne le quittait jamais, ce sourire à la Voltaire qui le faisait passer
pour un affreux sceptique.
I
J’avais trente ans alors, et j’étais lieutenant de vaisseau, quand on me chargea
d’une mission astronomique dans l’Inde centrale. Le gouvernement anglais me
donna tous les moyens nécessaires pour venir à bout de mon entreprise et je
m’enfonçai bientôt avec une suite de quelques hommes dans ce pays étrange,
surprenant, prodigieux.
Il faudrait vingt volumes pour raconter ce voyage. Je traversai des contrées
invraisemblablement magnifiques ; je fus reçu par des princes d’une beauté
surhumaine et vivant dans une incroyable magnificence. Il me sembla pendant deux
mois, que je marchais dans un poème, que je parcourais un royaume de féeries sur
le dos d’éléphants imaginaires. Je découvrais au milieu des forêts fantastiques des
ruines invraisemblables ; je trouvais, en des cités d’une fantaisie de songe, de
prodigieux monuments, fins et ciselés comme des bijoux, légers comme des
dentelles et énormes comme des montagnes, ces monuments, fabuleux, divins,
d’une grâce telle qu’on devient amoureux de leurs formes ...
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