-
5
pages
-
Français
-
Documents
Description
Monsieur Parent
Guy de Maupassant
Ça ira
Gil Blas, 10 novembre 1885
J’étais descendu à Barviller uniquement parce que j’avais lu dans un guide (je ne
sais plus lequel) : Beau musée, deux Rubens, un Téniers, un Ribera.
Donc je pensais : Allons voir ça. Je dînerai à l’hôtel de l’Europe, que le guide
affirme excellent, et je repartirai le lendemain.
Le musée était fermé : on ne l’ouvre que sur la demande des voyageurs ; il fut donc
ouvert à ma requête, et je pus contempler quelques croûtes attribuées par un
conservateur fantaisiste aux premiers maîtres de la peinture.
Puis je me trouvai tout seul, et n’ayant absolument rien à faire, dans une longue rue
de petite ville inconnue, bâtie au milieu de plaines interminables, je parcourus cette
artère, j’examinai quelques pauvres magasins ; puis, comme il était quatre heures,
je fus saisi par un de ces découragements qui rendent fous les plus énergiques.
Que faire ? Mon Dieu, que faire ? J’aurais payé cinq cents francs l’idée d’une
distraction quelconque ! Me trouvant à sec d’inventions, je me décidai, tout
simplement, à fumer un bon cigare et je cherchai le bureau de tabac. Je le reconnus
bientôt à sa lanterne rouge, j’entrai. La marchande me tendit plusieurs boîtes au
choix ; ayant regardé les cigares, que je jugeai détestables, je considérai, par
hasard, la patronne.
C’était une femme de quarante-cinq ans environ, forte et grisonnante. Elle avait une
figure grasse, respectable, en qui il me sembla trouver quelque chose de ...
Guy de Maupassant
Ça ira
Gil Blas, 10 novembre 1885
J’étais descendu à Barviller uniquement parce que j’avais lu dans un guide (je ne
sais plus lequel) : Beau musée, deux Rubens, un Téniers, un Ribera.
Donc je pensais : Allons voir ça. Je dînerai à l’hôtel de l’Europe, que le guide
affirme excellent, et je repartirai le lendemain.
Le musée était fermé : on ne l’ouvre que sur la demande des voyageurs ; il fut donc
ouvert à ma requête, et je pus contempler quelques croûtes attribuées par un
conservateur fantaisiste aux premiers maîtres de la peinture.
Puis je me trouvai tout seul, et n’ayant absolument rien à faire, dans une longue rue
de petite ville inconnue, bâtie au milieu de plaines interminables, je parcourus cette
artère, j’examinai quelques pauvres magasins ; puis, comme il était quatre heures,
je fus saisi par un de ces découragements qui rendent fous les plus énergiques.
Que faire ? Mon Dieu, que faire ? J’aurais payé cinq cents francs l’idée d’une
distraction quelconque ! Me trouvant à sec d’inventions, je me décidai, tout
simplement, à fumer un bon cigare et je cherchai le bureau de tabac. Je le reconnus
bientôt à sa lanterne rouge, j’entrai. La marchande me tendit plusieurs boîtes au
choix ; ayant regardé les cigares, que je jugeai détestables, je considérai, par
hasard, la patronne.
C’était une femme de quarante-cinq ans environ, forte et grisonnante. Elle avait une
figure grasse, respectable, en qui il me sembla trouver quelque chose de ...
-
Publié par
-
Langue
Français