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6
pages
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Français
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Description
Contes divers (1883)
Guy de Maupassant
Aux eaux
Le Gaulois, 24 juillet 1883
JOURNAL DU MARQUIS DE ROSEVEYRE
12 juin 1880. — A Loëche ! On veut que j'aille passer un mois à Loëche !
Miséricorde ! Un mois dans cette ville qu'on dit être la plus triste, la plus morte, la
plus ennuyeuse des villes d'eaux ! Que dis-je, une ville ? C'est un trou, à peine un
village ! On me condamne à un mois de bagne, enfin !
13 juin. — J'ai songé toute la nuit à ce voyage qui m'épouvante. Une seule chose
me reste à faire, je vais emmener une femme ! Cela pourra me distraire, peut-
être ? Et puis j'apprendrai, par cette épreuve, si je suis mûr pour le mariage.
Un mois de tête-à-tête, un mois de vie commune avec quelqu'un, de vie à deux
complète, de causerie à toute heure du jour et de la nuit. Diable !
Prendre une femme pour un mois n'est pas si grave, il est vrai, que de la prendre
pour la vie ; mais c'est déjà beaucoup plus sérieux que de la prendre pour un soir.
Je sais que je pourrai la renvoyer, avec quelques centaines de louis ; mais alors je
resterai seul à Loëche, ce qui n'est pas drôle !
Le choix sera difficile. Je ne veux ni une coquette ni une sotte. Il faut que je ne
puisse être ni ridicule ni honteux d'elle. Je veux bien qu'on dise : "Le marquis de
Roseveyre est en bonne fortune" ; mais je ne veux pas qu'on chuchote : "Ce pauvre
marquis de Roseveyre !" En somme, il faut que je demande à ma compagne
passagère toutes les qualités que j'exigerais de ma compagne définitive. La ...
Guy de Maupassant
Aux eaux
Le Gaulois, 24 juillet 1883
JOURNAL DU MARQUIS DE ROSEVEYRE
12 juin 1880. — A Loëche ! On veut que j'aille passer un mois à Loëche !
Miséricorde ! Un mois dans cette ville qu'on dit être la plus triste, la plus morte, la
plus ennuyeuse des villes d'eaux ! Que dis-je, une ville ? C'est un trou, à peine un
village ! On me condamne à un mois de bagne, enfin !
13 juin. — J'ai songé toute la nuit à ce voyage qui m'épouvante. Une seule chose
me reste à faire, je vais emmener une femme ! Cela pourra me distraire, peut-
être ? Et puis j'apprendrai, par cette épreuve, si je suis mûr pour le mariage.
Un mois de tête-à-tête, un mois de vie commune avec quelqu'un, de vie à deux
complète, de causerie à toute heure du jour et de la nuit. Diable !
Prendre une femme pour un mois n'est pas si grave, il est vrai, que de la prendre
pour la vie ; mais c'est déjà beaucoup plus sérieux que de la prendre pour un soir.
Je sais que je pourrai la renvoyer, avec quelques centaines de louis ; mais alors je
resterai seul à Loëche, ce qui n'est pas drôle !
Le choix sera difficile. Je ne veux ni une coquette ni une sotte. Il faut que je ne
puisse être ni ridicule ni honteux d'elle. Je veux bien qu'on dise : "Le marquis de
Roseveyre est en bonne fortune" ; mais je ne veux pas qu'on chuchote : "Ce pauvre
marquis de Roseveyre !" En somme, il faut que je demande à ma compagne
passagère toutes les qualités que j'exigerais de ma compagne définitive. La ...
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